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nous permet d'entrevoir dans l'oeuvre des forces armées non seulement un élé- ment de normalisation et d'ordre mais aussi un facteur de développement civil. En d'autres termes l'occupation militaire, après sa phase sanglante, représenta la condition indispensable pour la mise en valeur du potentiel et des énergies laten- tes de la société érythréenne. À ce point de vue, il est indispensable d'étudier les fonctions, la structure et l'utilisation des troupes autochtones, qui eurent une grande importance non seulement dans leur rôle strictement militaire, mais aussi parce qu'elles servirent d'intermédiaire entre l'élément italien et la population locale. Dans une situation de désagrégation et d'hétérogénéité sociale totale, et donc d'assimilation difficile entre colonisateur et colonisé, le seul facteur qui, au cours des décennies, arriva à garantir un certain degré de cohésion entre Italiens et Érythréens fut justement la présence de ces unités. En effet, l'absence d'un développement culturel approprié ne permit pas la formation d'une élite indi- gène, puis son accession a des charges de responsabilité dans le domaine bu- reaucratique (administratif). L'enrôlement (qui resta toujours volontaire) dans les bataillons de couleur se révéla, pour les Érythréens, le seul moyen d'atteindre une certaine tranquilité économique, en leur permettant aussi un certain avance- ment de carrière 1 et donc, une promotion sociale quand même minimale.

Le Corps Royal des Troupes Coloniales représenta par conséquent le moyen de contact le plus important, la forme la plus consistante de la présence de l'Italie dans le tissu social érythréen. C'est seulement en ces termes que l'on peut parler "d'hégémonie" italienne (entendue dans le sens d'intégration au plus profond de la société civile qui, en Érythrée, était plus articulée qu'on ne le croit) et dans ces limites qu'il est permis d'affirmer que la présence de nos armées eut des conséquences d'une certaine importance, car nos militaires ne s'épuisèrent pas dans un pur exercice de pouvoir militaire et bureaucratique. Il est significatif à ce propos qu'a la fin des années '40 beaucoup des sous-officiers érythréens qui se trouvaient en Italie, face à la possibilité d'opter pour le retour chez-eux ou la permanence dans notre pays, choisirent cette dernière alternative, se sentant dé- sormais suffisamment intégrés dans la structure militaire et, donc, dans la société italienne.

Le premier noyau du corps colonial avait été formé au moment de l'occu- pation de Massaouah, en 1885; l'année suivante, les unités indigènes compre- naient 2,000 hommes, tandis qu'en 1891 le Corps Spécial d'Afrique parvint à compter 90 officiers italiens, 40 sousofficiers indigènes, 4,860 askaris et environ 2,000 hommes organisés en bandes irrégulières. Le nombre continua à augmen- ter au cours des années suivantes, avec un accroissement considérable à l'occa- sion de la guerre de Lybie, dans laquelle environ 60,000 askaris érythréens parti- cipèrent. Leur apport fut déterminant aussi dans la campagne de reconquête de la Lybie (1919-1927) et dans la guerre de 1935-1936 contre l'Éthiopie, au cours de laquelle tombèrent près de 4,500 hommes du Corps Royal des Troupes Colonia- les d'Érythrée. Les bataillons indigènes furent employés la dernière fois en 1940- 1941, sur le front de l'Afrique orientale italienne, et cette fois aussi, ils contri-

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