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Nous pouvons conclure que la transformation des bergers et des paysans érythréens en hommes de troupe et gradés de l'armée de terre italienne (l'emploi dans la Marine et dans l'armée de l'air fut tout à fait marginal, compte tenu des caractéristiques techniques particulières de ces armées) représenta un élément considérable dans le changement et la croissance intérieure de la société éry- thréenne. Elle mettait pour la première fois au contact d'une des expressions les plus complexes de la "culture" européenne -- l'organisation des forces armées -- des populations qui avaient vécu jusqu'à ce moment dans des conditions d'isole- ment et d'autosuffisance serai-féodales. Grâce, donc, à la présence d'une struc- ture militaire, qui servit de premier instrument d'unification entre les différents niveaux de la société, le particularisme traditionnel des tribus commenca à être remplacé par une conception plus organique et articulée, donc plus moderne, de la vie.

Il reste enfin à considérer l'influence indirecte de la conquête militaire. Hommes et capitaux suivirent les troupes d'occupation, qui garantissaient leur sécurité et leurs conditions d'existence et, même si leur nombre fut plus petit par rapport à celui d'autres pays coloniaux, l'engagement de l'Italie pour la mise en valeur de l'Érythrée fut également considérable.

Malgré des limites et des contradictions que nous ne pouvons pas exami- ner ici -- car ceci n'est pas le thème spécifique de notre recherche -- on assista à un certain développement de l'agriculture, du commerce et de l'industrie éry- thréens. Tout compte fait, l'économie indigène resta toujours dans une position subordonnée par rapport à celle de la métropole, et s'il y eut des conséquences structurelles celles-ci se réalisèrent à la fin de la domination coloniale, après que les infrastructures laissées sur place par les Italiens aient passé aux mains de la classe dirigeante qui guida le processus de décolonisation.

D'autre part il s'agit là d'une "loi" générale du colonialisme à laquelle les grandes puissances, non plus, n'ont pas échappé (au contraire, elles en ont repré- senté l'expression la plus considérable): routes, hôpitaux, écoles, améliorations agraires, établissements industriels, etc... sont réalisés au début dans l'intérêt du colonisateur, soit immédiat (sur la base des besoins militaires), soit à plus long terme (dans la perspective de l'instauration d'une hégémonie globale sur le corps social).

Le colonisé dans cette phase, ne peut bénéficier que marginalement et de façon indirecte de ces infrastructures dont, au contraire, il paie le prix à cause de l'augmentation des charges fiscales et de la crise des équilibres sociaux pré- existants. C'est seulement après la chute de la domination coloniale que ces ins- truments passent aux mains des populations indigènes qui s'en servent comme base et tremplin pour le développement autonome de leur nouvelle économie 2

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