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LES OFFICIERS DE LA MILICE ET LA STRUCTURE SOCIALE AU QUÉBEC, 1660-1815

[Professeur Fernand Ouellet, Département d'histoire, Université d'Ottawa, Ontario (Canada)]

Parmi les sociétés d'ancien régime, la Nouvelle-France est une de celles où les événements militaires ont le plus marqué l'évolution de la structure sociale. Aussi longtemps que dure la domination française, cette société coloniale est presque constamment tenue en haleine par les combats incessants qu'elle doit livrer aux Iroquois et par son implication dans les conflits entre la France et l'Angleterre. Pendant un siècle et demi, à peine cinquante ans de paix fragile, dit l'historien Eccles. (1) Après la conquête anglaise, l'activité militaire, sans être aussi intense et continue qu'autrefois, n'en demeure pas moins importante jus- qu'en 1815: l'insurrection de l'indien Pontiac, la révolution américaine, les ten- sions fréquentes avec les États-Unis au sujet des postes de l'ouest, les guerres de la révolution française et, finalement, la guerre de 1812 contribuent à alimenter les fortes traditions militaires de la société locale.

Il ne fait pas de doute que cette insécurité chronique et le système qui permet aux nobles de la colonie de s'intégrer dans l'armée régulière française par l'entremise des troupes de la marine, sont des facteurs qui expliquent en grande partie le développement rapide de la noblesse et, sans pour cela dépasser le cler- gé, sa position dominante dans la société coloniale. La situation militaire la valo- rise sans cesse dans le sens de sa vocation traditionnelle, attire à elle les octrois de seigneuries, justifie son rôle politique et l'entraîne à participer directement ou indirectement dans le commerce des pelleteries, ce qui n'en fait pas pour autant une noblesse commerçante. Cette intrusion dans le monde des affaires lui permet d'une certaine façon de soutirer une rente sur les investissements militaires et sur le commerce au même titre qu'elle en perçoit une sur le paysan soumis au régime seigneurial. (2) Le droit qu'elle acquiert de fournir des officiers pour les troupes de la marine non seulement ajoute au sentiment qu'elle a de son utilité et de sa valeur pour la colonie mais confère plus de substance à son appartenance à un univers dont les valeurs sont impériales. Il est certain, malgré le rôle exception- nel des milices dans l'organisation militaire de la Nouvelle-France, malgré le rôle varié de l'officier de milice en temps de paix, que l'ambition ultime des membres de cette noblesse n'était pas de pourvoir les corps de milices en offi- ciers. Pour tout dire, le titre de capitaine dans les troupes royales ou dans celles de la marine avait infiniment plus de prix pour ces militaires de carrière que ce- lui de capitaine de milice.

Peut-on, à partir de l'expression de cette préférence, conclure que les offi- ciers des troupes de la marine étaient des nobles alors que ceux des milices se recrutaient plus volontiers dans les milieux paysans? Dans l'historiographie na- tionaliste canadienne-française, celle qui se préoccupe de démontrer que les

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