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noblesse et a l'État. Tous les facteurs susceptibles de modifier les équilibres entre ces groupes doivent aussi entrer en ligne de compte qu'il s'agisse de la conquête anglaise de 1760, événement particulièrement significatif pour l'aristocratie, qu'il s'agisse des transformations socioéconomiques. Naturellement, on ne saurait apercevoir l'évolution dans cette perspective si on continue d'ignorer qui étaient ces officiers de milice nommés par les gouverneurs français et anglais. Nos conclusions découlent principalement de l'analyse de trois listes exhaustives d'officiers de milice dont nous avons tenté d'établir dans la mesure du possible l'origine sociale: 1. un dénombrement, incomplet il faut dire, des officiers du régime français (819 individus) (8); 2. un inventaire des officiers en service au moment de la guerre de 1812 (1796 noms) (9); et 3. une liste pour la région de Vaudreuil-Soulanges des officiers actifs depuis le régime français jusqu'en 1830 (125 individus) (10). Ces trois listes concernent 2641 individus dont 2151 fran- cophones.

Les officiers de milice et l'émergence d'une société "militaire" en Nouvelle- France

En Europe, l'arrière-ban avait constitué des formes les plus anciennes du devoir militaire. "A l'appel du roi, dit André Corvisier, feudataires et communes devaient amener leurs troupes". (11) Le suzerain commandait à ses vassaux qui, à leur tour, mobilisaient leurs propres vassaux ainsi que leurs servants. Il y avait conscription générale lorsque le roi convoquait en même temps les milices bour- geoises. La formation d'une armée régulière et royale avait contribué à modifier avec le temps le rôle des milices urbaines et rurales. A la fin du XVIIe siècle, les premières ne remplissent guère plus que des fonctions de police et de guet alors que les secondes pouvaient encore à l'occasion participer à la défense en tant qu'auxiliaires de l'armée régulière. Évaluant la portée de cette forme de service aux XVIle et XVIIIe siècles, A. Corvisier conclut:

"Dans bien des cas, il connut une profonde décadence, à tel point qu'en France la continuité entre les milices bourgeoises et les gardes nationales de la Révolution et du XIXe siècle, si elle existe réellement, apparaît néanmoins comme assez ténue..." (12)

En Nouvelle-France, les milices échappent en grande partie à cette évolution dévalorisante parce que, pendant trois quarts de siècle au moins, la défense du territoire est de la part de tous un travail presque quotidien. Les conditions parti- culières de la guerre en Amérique autant que l'effacement, peut-on dire, de l'ar- mée régulière favorisent aussi le retour aux anciennes pratiques du devoir mili- taire, en tout cas, à des pratiques qui pendant longtemps confirent aux milices un rôle de premier plan. Le caractère permanent et incessant du péril force la popu- lation à prendre en charge elle même jusqu'à un certain point la lutte contre un ennemi souvent imprévisible et invisible. C'est la communauté elle-même qui vit d'une façon constante sur un pied de guerre et participe activement à la défense.

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