X hits on this document

932 views

0 shares

0 downloads

0 comments

158 / 367

  • -

    130 -

vers la fin du régime français d'un corps de cavalerie et d'une marine. Il est évi- dent que cette structure hiérarchisée est animée par un corps d'officiers de tous rangs depuis les colonels jusqu'aux enseignes et aux sergents: chose que les lé- gendes sur le capitaine de milice ont contribué à faire oublier. D'ailleurs tous ces officiers, comme la plupart de ceux qui avaient rempli ces fonctions auparavant, sont après 1663 nommés par le roi ou par le gouverneur.

Naturellement, les responsabilités de ces cadres sont d'abord militaires: veiller à ce que leurs unités soient prêtes à toute éventualité, les exercer, surveil- ler leur équipement, les conduire au combat. Ainsi, en 1744, Nicolas Rioux, of- ficier de milice de Rimouski et seigneur de l'endroit, reçoit l'ordre du lieutenant du roi à Québec "de faire assembler les milices aussitôt qu'on apercevra les feux ou les vaisseaux ennemis pour se rendre à Québec avec leurs armes..." (21) En fait les officiers de milices exercent leurs fonctions durant toute l'année et leur activité déborde le domaine militaire. Car ils sont à plus d'un titre les représen- tants locaux ou les subdélégués de l'intendant. En plus de transmettre à la popu- lation les ordres du gouverneur et de l'intendant, les officiers de milice agissent au nom de l'intendant et du chef de la voirie dans la répartition des corvées pour la construction et l'entretien des chemins royaux. Il en est de même des corvées pour les fortifications dont la répartition pour celles de la ville de Montréal se fait par le capitaine de milice de chaque localité de ce district. Dans les conflits entre habitants et entre communautés rurales, ils jouent le rôle d'arbitre. En 1736, l'intendant nomme le Père Barbel et le seigneur Lepage, capitaine de milice, ar- bitres universels dans trois localités de la région. (22) Le capitaine de milice est, dans l'esprit des dirigeants politiques, d'abord un agent de l'État et l'intendant entend bien qu'il agisse comme tel, même quand il est en même temps un sei- gneur. En 1712, le gouverneur Vaudreuil rejette les prétentions des seigneurs qui fondent leur droit de commander sur le droit seigneurial et considèrent, même lorsqu'ils ne sont pas personnellement officiers de milice; que ceux-ci relèvent d'eux au même titre qu'ils dépendent du premier suzerain, le roi. N'y aurait-il pas à ce niveau comme à d'autres une certaine résurgence de conceptions de carac- tère féodal? Car la situation favorise une invasion des différents pouvoirs par le militaire qu'il s'agisse du seigneurial, du judiciaire ou du politique. Le cumul des places donne lieu dans la colonie à des combinaisons qui auraient été incompati- bles en France dans la mesure où les milices n'étaient pas seulement honorifi- ques. La carrière de Chartier de Lotbinière, de Fleury Deschambault et de Frs- Marie de Bouat, tous trois seigneurs, colonels de milice et officiers de justice, le suggère. A propos de Deschambault qui est colonel des milices et lieutenant gé- néral de la prévêté de Montréal, Colbert écrit: "places compatibles en ce pays". (23) Quoi qu'il en soit, Vaudreuil semble avoir voulu réagir contre ces tendan- ces, lorsqu'il déclare aux officiers de milice: "Vous devez faire entendre aux seigneurs des paroisses de votre gouvernement que les capitaines de milice ne doivent pas leur communiquer les ordres qu'ils reçoivent des gouverneurs et des intendants avant de les mettre à exécution..." (24) En ce domaine comme en plu- sieurs autres, les chefs de l'État, tout en se pliant aux impératifs du moment, se

Document info
Document views932
Page views932
Page last viewedSun Dec 04 16:39:50 UTC 2016
Pages367
Paragraphs3833
Words145620

Comments