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font de plus en plus les défenseurs de l'autorité royale contre les empiètements possibles des deux classes dirigeantes: le clergé et la noblesse. Mais, dans la pratique, le pouvoir et l'influence des officiers de milice viennent non seulement de l'État mais de la confiance qu'ils inspirent à la population. Ainsi, en 1736, les habitants de Chambly chargent leurs officiers de milice d'aller négocier un rè- glement du différend qui les oppose aux Hertel de Rouville, seigneurs de l'en- droit, concernant leurs communaux. (25) En plus de réquisitionner les grains en temps de guerre et de disette, de veiller au guet dans les villes, ces officiers as- sument à l'occasion des fonctions policières. Dans cette société au caractère mili- taire très marqué, ils jouent finalement un rôle civil significatif. Comme le sei- gneur, le capitaine de milice a un banc dans l'église et, venant après lui dans l'or- dre des préséances quand il n'est pas seigneur, il reçoit le pain bénit à sa suite. A l'instar des seigneurs nobles et des clercs, il est exempt des taxes et des corvées royales. Comme eux, il n'est pas obligé de loger les troupes régulières. (26)

Ces officiers de milice, que ce soit dans leur capacité militaire ou dans l'exercice de leurs fonctions civiles, sont avant tout les instruments d'un État monarchique, absolutiste, bien appuyé sur une Église établie et sur une noblesse militaire. Les gentilshommes de la Nouvelle-France, pour la plupart d'origine campagnarde et pauvres, n'auraient pu dans la majorité des cas espérer faire une brillante carrière dans les troupes royales françaises où les colonels achetaient leurs régiments et les capitaines leurs compagnies, ou existait aussi un certain encombrement. La vénalité des charges empêchait dans l'ensemble la noblesse coloniale et ses fils de vraiment faire carrière dans l'armée royale. Aussi, pendant tout le XVIIe siècle, époque où cette noblesse militaire travaille à établir son pouvoir en Nouvelle-France, ses membres manifestent un intérêt énorme pour les postes d'officiers de milice. Lors des expéditions de 1684, 1687, 1696 et 1709, les nobles et les anoblis figurent en très grand nombre parmi les officiers supérieurs des milices et même les subalternes: 21 familles sont représentées parmi les gradés. Comme ce sont ces catégories sociales qui reçoivent des sei- gneuries dans une proportion de 66 à 70%, les seigneurs sont fort nombreux parmi les officiers de milice (27), ce qui accroît et diversifie d'autant leur pou- voir. Chose significative à cet égard, plusieurs commandants de bataillon avaient a la veille de ces expéditions été capitaines dans leur propre seigneurie. Il serait cependant exagéré de prétendre que ces postes de commandement étaient acca- parés d'une façon exclusive par les nobles et les seigneurs. Bien qu'au XVIIe siècle les bourgeois soient le plus souvent obligés de se contenter des charges subalternes, leur présence commence déjà à se faire sentir avec plus d'instance vers la fin du siècle. C'est le moment où les nobles occupent dans une proportion croissante les postes d'officiers dans les troupes de la marine et ou, la menace iroquoise disparaissant, le rôle des milices dans l'organisation militaire se modi- fie jusqu'à un certain point.

A partir de 1683, la France, cédant aux demandes de troupes de la part des dirigeants de la colonie, envoie un modeste contingent de soldats de la marine.

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