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Ces compagnies de troupes réglées diffèrent des troupes royales plus particuliè- rement en ce qu'elles ne sont pas la propriété de leurs capitaines et que les pro- motions s'y font davantage selon le critère du "hérite". En 1685, 28 compagnies formées de 50 hommes chacune viennent s'insérer dans l'organisation militaire permanente de la colonie à côté des milices. En 1750, leur nombre passe à 30 et leurs effectifs montent à 65 hommes chacune. En 1757, dix nouvelles compa- gnies seront ajoutées. (28) Alors que le recrutement des soldats continue à se faire dans la métropole, le corps des officiers sera de plus en plus ouvert aux nobles canadiens et a leurs fils. Au début du XVIIIe siècle, 35 des 87 officiers en service au Canada sont nés au pays et, en 1753, cette proportion est de 100%. (29) Si on ajoute à ces éléments les Canadiens qui avaient pu entrer dans les troupes royales ou pu faire en France leur service dans les troupes de la marine, on peut mieux comprendre la signification capitale de ce processus d'intégration de la noblesse locale dans l'armée française. Cette méthode lui confère en quel- que sorte un caractère impérial, procure un cachet d'authenticité à ses traditions sociales et militaires, bien qu'en Amérique elle pratique le métier militaire selon les règles du milieu. C'est ce changement qui rend comte de l'attitude différente manifestée par la noblesse canadienne a l'égard des postes d'officiers de milice d'un siècle à l'autre. Ainsi, René-Louis Chartier de Lotbinière, né en 1641 et mort en 1709, noble et seigneur, membre du conseil souverain, subdélégué de l'intendant et juge de la prévêté de Québec, avait gravi tous les échelons dans les milices jusqu'en 1690 alors qu'il est nommé colonel. Après 1710, rares sont les nobles qui briguent ces fonctions et tiennent à s'illustrer dans les milices. A pro- pos de Igance-Frs-Gabriel Aubert de la Chesnaye qu'il recommande comme ca- pitaine des portes de la ville, La Jonquière écrit: "C'est un pauvre gentilhomme qui a de très bons sentiments..". Revenant sur la question neuf années plus tard, en 1757, Vaudreuil ajoutait: "un gentilhomme de la colonie... qui a toujours servi avec beaucoup de zèle dans les milices..." (30). Ainsi, la présence de la noblesse, très considérable au XVIIe siècle, a tendance à s'effondrer par la suite. Sur les 692 capitaines, lieutenants et enseignes du régime français, nous avons pu retra- cer les occupations de 208 officiers et, parmi ceux-ci, 43 (20%) sont des nobles. Parmi les officiers de niveau supérieur à celui de capitaine, le pourcentage des nobles est le même (21%). Cependant, sur l'ensemble des officiers en fonction au XVIIe siècle, la proportion des nobles est beaucoup plus élevée que par la suite (49%).

Ce changement radical, pas plus qu'il ne révèle la montée fulgurante de la bourgeoisie et des milieux populaires, n'est l'expression d'une décadence de la noblesse dans la société. Il est vrai que les marchands sont très fortement repré- sentés au XVIIIe siècle parmi les officiers subalternes (54% de ceux dont nous connaissons l'occupation) et parmi les officiers supérieurs (46%). On peut dire que la liste des hommes d'affaires officiers de milice coïncide avec celle des marchands les plus en vue. Toutes les catégories de marchands sont dans la course depuis les commerçants de pelleteries, les entrepreneurs en pêcheries, les marchands de grains jusqu'aux importateurs. La liste des marchands ayant porté

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