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en 1754, il déclare avoir exercé les fonctions de "colonel des milices... depuis plus de trente ans..." (33) Etienne Charest, négociant et seigneur, sollicite à son retour en France la croix de St-Louis qu'il obtient. Il a non seulement une expé- rience militaire à faire valoir: Ls de Repentigny écrit à son sujet: "quoique négo- ciant... a servi avec la plus grande distinction..."; mais il insiste sur ses "35 ans de service dans la milice dont 25 comme capitaine". (34) Thomas Dufy Désau- niers, marchand, est aussi un officier récipiendaire de la croix de St-Louis. Nico- las Rioux, marchand et seigneur, aurait été anobli après 1760. Pour la bourgeoi- sie, les postes d'officiers de milice constituent un tremplin dans la promotion sociale qui est la fusion dans la noblesse. Pour le plus grand nombre, celle-ci n'est jamais atteinte; mais il existe des profils de carrière qui ne trompent pas quant aux motivations de l'individu concerné. Pierre Dizy de Montplaisir, un commerçant de pelleteries, né en 1674 et mort en 1761: quatre de ses filles épou- sent des seigneurs et la cinquième un fils de seigneur. Il devient juge seigneurial et subdélégué de l'intendant. (35) Lieutenant de milice en 1705, il est major- général en 1721 et colonel en 1724. Il est évident que les bourgeois ne font pas la lutte aux nobles pour l'obtention de ces grades: les deux groupes sociaux ont des intérêts sinon identiques du moins complémentaires.

Le recrutement des officiers de milice ne se fait pas d'abord parmi les paysans pauvres et dénués d'influence ni même parmi ceux qui seraient représen- tatifs du paysan ou de l'artisan moyens. Quand les individus choisis ne provien- nent pas des couches supérieures de la société, ils sont le plus souvent, d'une façon ou d'une autre, des hommes de substance dans la communauté. Evidem- ment la paroisse et la seigneurie constituent les cadres territoriaux de base pour le recrutement des officiers aussi bien que pour les miliciens; mais ces unités territoriales ne sont pas les seuls encadrements significatifs à ce niveau. Dans la société, il existe sans doute une stratification selon les ordres ou selon les clas- ses, qui se prolonge même dans les campagnes; mais la cohésion de la commu- nauté rurale repose aussi sur l'institution familiale, sur la grande famille: celle qui est le produit d'une très haute natalité et du foisonnement des mariages dans le milieu immédiat et ses environs. Tout cela rend compte de la signification capitale des liens familiaux dans le recrutement des officiers de milice. Sinon Campagna, par exemple, ne semble avoir brillé ni par son "savoir" ni par son statut économique. A propos de ce cultivateur devenu aide-major de la côte sud, le curé de sa paroisse écrit: "Je me suis nommé parrain après avoir refusé Simon Campagna à cause de son ignorance crasse et manifeste lorsque je l'ai interrogé sur le petit catéchisme. (36) Mais Simon était le fils de Charles, major de la côte sud, et il avait pris épouses dans des familles d'officiers: les Lepage et les Pépin. Au sujet de François Mercure dit Villenouvelle, apparenté aux Catelan et aux Perrot, le gouverneur Vaudreuil affirme: "son beau-père a exercé cet emploi de- puis plus de vingt à trente ans et j'aurais cru faire une injustice de ne pas le don- ner à son gendre..." (37) Les 819 officiers du régime français, que nous connais- sons, sont issus de 461 familles, soit 1.7 officiers par famille. Un tiers de ces familles ont en moyenne 3.4 officiers dans leurs rangs. Le tableau suivant illustre

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