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domination dans la société canadienne-française, elle devra, qu'il s'agisse de la noblesse, du clergé ou de la petite bourgeoisie à l'époque française comme au XIXe siècle, puiser une partie de sa vigueur à cette source._ Ces familles rurales dominantes peuvent être l'instrument de l'Etat, servir d'intermédiaires entre l'une ou l'autre des classes dirigeantes et la population, parce qu'elles font partie de l'équilibre réel des forces dans la société. Sur ce plan, la fonction de l'officier de milice se situe à la rencontre de ces différentes puissances. Il est l'instrument de la noblesse militaire, classe dirigeante politique, qui s'appuie sur la famille, insti- tution de base.

Durant le régime français, une société au caractère militaire très prononcé avait pris forme dans la vallée du Saint-Laurent pour protéger l'économie des pelleteries. La fonction militaire, surtout au XVIIe siècle, avait eu une impor- tance tellement considérable qu'elle avait envahi la plupart des autres domaines de l'existence. Des pratiques considérées comme incompatibles en France quant au cumul des fonctions, particulièrement en ce qui concerne le militaire et le judiciaire, avait pris de l'ampleur en Nouvelle-France. Le rôle même de l'officier de milice illustre bien cette multiplicité des pouvoirs. Mais quand il est en plus noble, seigneur, lieutenant du roi, subdélégué de l'intendant, membre du conseil souverain, le cumul des charges risque d'engendrer la confusion des pouvoirs. Il est vrai qu'après 1713, lorsque disparaît le péril iroquois et que la paix se rétablit, cette situation semble s'améliorer en même temps que l'esprit guerrier perd un peu de son intensité dans la population, surtout lorsqu'une minorité de paysans commence à produire pour le marché. A quelques reprises, les gouverneurs éprouvent de la difficulté à recruter des hommes pour des expéditions lointaines. Vers la fin de la guerre de Sept-Ans, une certaine fatigue commence même à s'emparer des miliciens. (39) Il est possible que les abus du régime finissant soient responsables de cet état d'esprit peut-être assez répandu. Il semble néan- moins possible de percevoir à travers ces quelques indices le fait que, dans les valeurs de la société, le facteur militaire n'a plus la prépondérance qu'il avait au siècle précédent et qu'un nouvel équilibre est en train de s'instaurer d'une façon imperceptible.

Les officiers de milice et la montée des classes moyennes (1760-1815)

La défaite militaire de 1760, même si elle provoque le départ de la très grande majorité des soldats réguliers français, ceux des troupes royales et ceux des troupes de la marine, n'entraîne pas la dissolution complète et définitive des milices. Le désarmement des miliciens au début du régime militaire neutralise mais ne brise pas immédiatement cette institution dont les racines étaient pro- fondes. On peut même prétendre qu'a certains égards la période du régime mili- taire met davantage en relief pour un temps le rôle de l'officier de milice dans la société. En effet les dirigeants militaires britanniques, en plus de lui conserver ses fonctions habituelles, lui attribuent un rôle judiciaire et policier de premier

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