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juges de paix et à des baillifs de fonctions de justice et de police autrefois assu- mées par les officiers de milice à des coûts très bas: "ce pauvre peuple affligé qui est très doux, lequel j'ai conduit pendant l'espace de 25 à 26 ans en qualité de capitaine et de juge très souvent..." (43) Contrairement à la dîme que les paysans continuent à payer même après son abolition officielle en 1763 et qui sera réta- blie en 1774, l'institution des milices semble pour cela avoir perdu une partie de sa résonnance dans les milieux populaires tout au moins. N'empêche que, si l'of- ficier de milice est réellement disparu, la déception et le mécontentement de- vraient être grands même parmi les élites qui composaient le corps des officiers et dont les membres perdaient les uns l'exercice d'un pouvoir réel et les autres l'accès à un canal de promotion sociale.

Sans trop se rendre compte de toutes les implications de leur politique, les Britanniques avaient amorcé une transformation en profondeur dans la notion même de service militaire. D'abord ils avaient désarmé la population et, lors- qu'ils avaient eu recours en 1764 à la conscription, ils avaient adopté le régime du volontariat. En 1765, ils avaient passé une ordonnance abolissant les milices. Les paysans étaient parfaitement autorisés à croire que désormais la défense du territoire serait assumée par l'armée régulière anglaise et qu'eux-mêmes étaient pour toujours rendus à la vie civile. La création de juges de paix et de baillifs, dont les rôles étaient auparavant exercés dans les campagnes par les officiers de milice, faisaient partie de mesures qui visaient à restituer au civil ce qui lui ap- partenait. La commercialisation accélérée de l'agriculture jouait dans le même sens puisqu'elle tendait à comprimer aussi bien l'offre de volontaires pour la mi- lice que celle de main-d'oeuvre saisonnière pour le commerce des pelleteries.

  • (44)

    Cette évolution se poursuit jusqu'au moment de l'invasion américaine de

  • 1775.

    Le gouverneur Carleton s'étonne de voir les paysans résister à ses appels

face au danger extérieur et adopter une attitude assez générale de neutralité. Comme les membres de son entourage, il ne comprend pas que les ruraux ajou- tent du crédit aux rumeurs qui circulent concernant la déportation et le service militaire à l'étranger. Comme eux, il déplore l'avidité de ces paysans qui restent sur leurs fermes et, au moment propice, prennent part à la traite, tirant en toute occasion profit de la situation. En fait les transformations des conceptions relati- ves au service militaire, la prospérité du secteur agricole et l'absence de senti- ment national dans les milieux populaires font que d'une façon générale les paysans ne se sentent pas directement concernés par le péril américain. Le conflit qui oppose la métropole à ses colonies américaines, ne serait pas l'affaire des Canadiens. Le gouverneur a-t-il conscience des motifs du comportement paysan? Toujours est-il qu'en 1777 il demande au conseil législatif d'adopter une législation qui marque un retour aux conceptions du régime français. Le service militaire obligatoire pour tous les mâles de 16 à 60 ans est rétabli et les fonctions des capitaines de milice sont clairement définies. En fait cette loi était plus ri- goureuse que les règles qui avaient cours en Nouvelle-France. Elle imposait de fortes amendes aux récalcitrants, justifiait le service à l'extérieur du pays et obli- geait les hommes de plus de 60 ans à participer à des corvées. La mise en appli-

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