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cation de cette loi, au moment où il fallut lever des miliciens pour participer à l'expédition du général Bourgoynet fut fort difficile précisément à cause de ce problème du service a l'extérieur du pays. Cette ordonnance de 1777 sera renou- velée tous les deux ans jusqu'en 1787 lorsque le gouverneur décida de l'adoucir et de la rendre permanente: "to teach the people that the defence of the country is their own immediate concern". (45) En 1793, à la suite du déclenchement des hostilités entre la France et l'Angleterre, le gouverneur Dorchester proposa à l'assemblée législative de voter une nouvelle loi des milices justifiant en particu- lier la levée d'un contingent de 2000 miliciens. Cette législation qui manquait encore de clarté quant à l'interdiction de tout service à l'étranger: "pourvu qu'il ne sera pas loisible de commander la milice ou aucune partie d'icelle pour sortir de la province, à moins que ce ne soit pour l'assistance de la province du Haut- Canada lorsqu'elle sera actuellement envahie", (46) allait susciter une forte réac- tion dans les milieux populaires. Un des participants à ces poussées de résistance populaire déclare: "on croit que les commandements que l'on-fait, ne sont pas pour défendre le pays; mais pour faire des soldats, les répandre dans les régi- ments et les envoyer hors du pays... Que d'ailleurs ces ordres ne viennent pas du Général mais de la Chambre ou à la sollicitation de personnes de la ville, qui désirent avoir des emplois du gouvernement..." (47) Cet argument répété d'une décennie à l'autre depuis 1765 était certainement l'expression de craintes bien enracinées dans l'âme paysanne; mais il ne faudrait pas en exagérer la significa- tion. Il est intéressant de noter que cet argument est utilisé par les paysans aussi longtemps que le service militaire, en raison de la commercialisation de l'agri- culture, signifie une perte potentielle de main-d'oeuvre sur les fermes. Il y a alors conflit entre les exigences de la vie économique ou de la vie civile et celles de la société militaire. Le jour où, après 1800, l'agriculture entre dans une période de crise, ce conflit est résolu; le jour où, après 1800, les changements économiques et démographiques contribuent a éveiller les paysans au péril américain et le sensibilisent au nationalisme, leur participation à la défense du territoire ne fait plus de problème sérieux. Leur réaction lors de l'incident de la Chesapeake et au moment de la guerre de 1812 le prouve.

Même si l'activité militaire et le sentiment d'un péril extérieur restent im- portants après 1750, le processus de "civilisation" de la société, amorcé d'une façon subtile dans la première moitié du siècle, s'accentue à mesure que le siècle s'écoule. Le gouverneur Murray avait loué le caractère essentiellement militaire de la société canadienne-française. Des Britanniques de la première décennie du XIXe siècle insistent au contraire sur le déclin des traditions militaires dans cette société. Il semble évident que les officiers de milice des années 1780 sont enga- gés dans une évolution qui les confine de plus en plus dans leur rôle militaire dans un monde qui continue à croire en eux mais qui y croit beaucoup moins qu'autrefois. En 1800, le lieutenant-gouverneur Milnes parlant du déclin du rôle de l'officier de milice depuis l'époque française écrit:

"Dans les paroisses en question, il y a 292 capitaines de milice, choisis

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