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De tous les groupes sociaux, la noblesse est peut-être celui qui, après la dé- faite de 1760, envisage l'avenir avec le plus de pessimisme. Un assez grand nombre de nobles croient alors que les Britanniques ne consentiront jamais à les admettre dans l'armée régulière, ce qui, en plus de les soustraire à leur vocation première, ferait disparaître leur pouvoir politique et leur influence économique. Aussi décident-ils de mettre leurs seigneuries en vente et de retourner en France où ils étaient sûrs de pouvoir poursuivre leur carrière. La majorité des nobles décident de faire confiance à l'avenir mais ils traversent jusqu'en 1774 une dure période d'incertitude. En 1763, la situation est particulièrement sombre. Alors que la population dans les seigneuries commence à être assez nombreuse pour supporter une noblesse foncière, la Proclamation royale annonce l'abolition de la dîme, prohibe l'accès des catholiques aux fonctions publiques, abolit la Coutume de Paris et, de cette façon, prépare la liquidation du régime seigneurial. Bien loin de manifester son intention d'intégrer les nobles dans l'armée régulière, le gou- vernement local abolit leur seul refuge possible: les postes d'officiers de milice. En 1767, le gouverneur Carleton décrit ainsi la situation de la noblesse:

"Il appert aussi qu'il ne reste au Canada guère plus de soixante-dix de ceux qui ont servi dans les troupes coloniales; le roi n'en compte pas un dans son service... ce sont des gentilshommes qui en deve- nant sujets de sa majesté ont pour le moins perdu leur emploi, et, considérant qu'ils ne sont liés par aucune charge de confiance ou qui leur rapporte des profits, nous nous abuserions en supposant qu'ils se dévoueraient à la défense d'une nation qui les a dépouillés de leurs honneurs, de leurs privilèges de leurs revenus et de leurs lois... C'est pourquoi après avoir tout considéré, nous ne devons at- tendre des nobles qui résident dans la province, aussi longtemps que les choses resteront dans l'état actuel, qu'une neutralité passive en toute occasion..." (49)

A cette date cependant, les gouverneurs avaient non seulement retardé la mise en application de la politique de 1763 mais ils avaient conçu un programme destiné à perpétuer l'ancienne société avec ses hiérarchies: depuis l'absolutisme politique jusqu'aux privilèges du clergé et de la noblesse. Le gouverneur Carleton propose même "l'organisation de quelques compagnies canadiennes d'infanterie com- mandées par des officiers judicieusement choisis". Ces compagnies joueraient, pense-t-il, un rôle équivalent à celui des troupes de la marine sous le régime français. Il affirme: "les gentilshommes auraient raison d'espérer que leurs en- fants, sans avoir reçu leur éducation en France et sans faire partie du service français, n'en pourraient pas moins supporter leurs familles en servant le roi leur maître et en exerçant des charges qui les empêcheraient de descendre au niveau du bas peuple..." (50) Parmi les anglophones, les gouverneurs ne sont pas les seuls à soutenir ces thèses. La majorité des Britanniques qui avaient acheté des seigneuries entre 1760 et 1766 n'étaient pas des bourgeois mais des aristocrates et des militaires qui étaient loin de partager les idées de leurs compatriotes bour-

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