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capitaliste. Caldwell est peut-être l'exemple le plus significatif de cette diffé- rence d'attitude. Cette catégorie d'officiers est, toute proportion gardée, moins importante (4%) parmi les officiers anglophones que ne le sont les nobles dans le groupe des officiers francophones. Ce qui signifie que les valeurs aristocratiques ont probablement moins de puissance d'entraînement dans la communauté an- glophone que chez les Canadiens français.

A l'époque française, les marchands, parce qu'ils avaient constamment les yeux rivés sur un idéal à atteindre, l'insertion dans la noblesse, avaient acheté des seigneuries, contracté des mariages avec des personnes de la noblesse, convoité des charges anoblissantes, recherché des postes dans la milice et sollicité des lettres de noblesse. Même si, pendant la seconde moitié du siècle, s'engage le déclin de l'aristocratie québecoise et bas-canadienne, même si les chances d'ano- blissement sont nulles, les valeurs aristocratiques conservent néanmoins une étonnante force d'attraction. Il faut dire qu'en 1781 les aristocrates possèdent comme en 1760 50% du sol seigneurial. (52) Le système qui avait contribué dans le passé à rapprocher les bourgeois des nobles, avait pu continuer à fonc- tionner parmi les francophones et les anglophones après la conquête anglaise et allait se perpétuer au-delà de la période qui nous occupe. William Grant, un marchand, qui cumule les seigneuries, convoite les charges, qui finalement épouse la baronne de Longueuil et a défaut de titres se cherche ensuite des anté- cédents aristocratiques, est représentatif de l'attitude de bien des bourgeois an- glophones. Mais c'est parmi les francophones que cet attrait pour les valeurs aristocratiques demeure le plus puissant même après le déclin de la noblesse. Après 1800, alors que l'agriculture entre en période de crise prolongée, il est très fréquent de voir les marchands canadiens-français convertir leurs avoirs en sei- gneuries et, utilisant le mode d'exploitation indirect, se muer en rentiers du sol et des autres ressources de leurs fiefs. Pour eux, comme pour bien des profession- nels, l'achat d'une seigneurie est beaucoup moins un investissement économique qu'un investissement social. En 1812, 41% des 336 officiers de milice franco- phones dont nous connaissons les occupations, sont des seigneurs. Dans la caté- gorie des officiers supérieurs, ce pourcentage est un peu plus élevé (44%). Qu'ils recherchent avec ardeur et conviction les hauts grades dans les milices, cela n'a rien de surprenant dans ce contexte. Pour ceux qui aspirent à s'élever au sommet, les titres de colonels et de lieutenants-colonels, qui justifient presque le titre de gentilhomme, confèrent un précieux relief à une candidature. Les Fleury offrent en ce domaine l'exemple d'une ténacité plus que séculaire et, il faut dire, jamais complètement récompensée. Jacques Alexis, un marchand devenu seigneur, nommé procureur du roi et lieutenant civil et criminel, promu au grade de colo- nel dans les milices, était né en 1642 et il n'hésitait pas à l'occasion à faire état de son origine noble. Son fils Joseph, agent de la compagnie des Indes occidentales et colonel des milices de la Nouvelle-France, avait vainement sollicité en 1754 des lettres d'anoblissement. Deux ans plus tard, il convoitait pour son fils le titre de colonel et le roi avait répondu "un habitant qui en serait colonel pourrait ai- sément acquérir trop de crédit". (53) En 1812, L.-J. Fleury Deschambault est

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