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loppement de la société tente de faire apparaître, malgré le caractère très incom- plet des informations que nous avons recueillies sur les occupations des officiers, les multiples facettes de ce personnage que les historiens ont soit oublié, soit entouré d'une auréole nationale, démocratique ou même bourgeoise- gentilhommière". L'officier de milice apparaît dans une société en formation qui, pendant près d'un siècle, vit le danger d'une façon presque quotidienne et est le plus souvent très mal protégée par les troupes royales, excepté en certaines cir- constances. Il n'est pas étonnant que cette société ait, dès le départ, assumé le caractère d'une société militaire et que cet état d'esprit ait envahi les différents domaines de l'activité sociale. Cette tendance envahissante se reflète dans le cumul de charges militaires et judiciaires. Elle apparaît aussi dans l'attribution à un très grand nombre de seigneurs de postes d'officiers de milice, ce qui pouvait entraîner effectivement un retour à des conceptions sociales très anciennes. Ce trait dominant de la société coloniale canadienne a été bien perçu par A. Corvi- sier:

"Le poids des circonstances politiques a pesé lourdement sur la place que le fait militaire a eue dans les différents pays. Ainsi, sans que le souverain l'ait nécessairement voulu, les colonies de peuplement se sont organisées militairement. C'est en particulier le cas du Canada français." (55)

Même si, après 1713, la tension quotidienne se relâche, les habitants de la Nou- velle-France doivent en temps de paix ériger un système de protection de l'éco- nomie des pelleteries et supporter le poids de deux guerres.

A l'origine, il était naturel que ces communautés de colons, menacées et mal protégées par la métropole, se soient elles-mêmes organisées pour se défen- dre et qu'en certaines circonstances elles aient même procédé a l'élection ou a la nomination de leurs officiers de milice. Si cette pratique était devenue la norme, la Nouvelle-France aurait été une société militaire dans laquelle le pouvoir aurait été attribué démocratiquement. Mais, dès le début, le roi est représenté dans la colonie par un gouverneur qui commande un petit contingent de réguliers, pré- side comme il peut à l'oeuvre des miliciens, en nommant leurs officiers et autre- ment, et s'appuie sur un corps de gentilshommes. Cette petite noblesse militaire, d'origine rurale, très prolifique au surcroît, s'enrichit à même les officiers du ré- giment de Carignan et ceux des troupes royales qui seront envoyées par la suite au Canada. Aussi longtemps qu'elle n'est pas vraiment admise à faire carrière dans l'armée régulière française, cette petite noblesse s'intéresse aux postes d'of- ficiers dans la milice. Mais, à mesure que sa présence s'intensifie après 1685 dans les troupes de la marine, elle s'en désintéresse de plus en plus. Il est normal que dans une société au caractère militaire aussi marqué cette petite noblesse soit devenue la classe dirigeante de la Nouvelle-France, se soit perçue au même titre que le clergé comme un Ordre. C'est son rôle militaire qui fait sa force et lui attire la protection de l'Etat. De cette façon, elle peut par le commandement des

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