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postes et par son influence politique exercer une sorte de tutelle sur les pêcheries et l'économie des pelleteries. En fait, elle est en mesure de percevoir en échange de la protection qu'elle accorde à la traite une sorte de rente sur les marchands. Cette noblesse militaire est aussi une noblesse foncière: elle se voit attribuer plus de 65% des seigneuries et possède, en 1760, 51% du territoire seigneurial.

Cette noblesse qui s'appuie sur la noblesse française, est non seulement puissante mais possède une grande capacité de rayonnement. Dès les débuts de la colonie, elle commence à attirer vers elle les éléments les plus dynamiques et les plus méritants parmi les roturiers. L'objectif de la majorité des bourgeois qui réussissent, est d'entrer un jour dans la noblesse. Ces aspirations déterminent des profils de carrière: l'accès à la propriété seigneuriale, que ce soit par concession de l'Etat ou par achat, les alliances matrimoniales, l'exercice de certaines charges ayant des vertus anoblissantes, l'obtention de certains honneurs et, étape finale, la conquête de lettres de noblesse. Une fois anobli, le bourgeois peut envoyer ses fils entreprendre une carrière dans les troupes de la marine. Pour ce bourgeois qui désire prendre place parmi les nobles, il est important de pouvoir faire état d'antécédents militaires. Le poste d'officier de milice est le seul qui soit vraiment accessible aux roturiers de la colonie. Même lorsque le roi arrête d'accorder après 1720 des lettres de noblesse aux bourgeois méritants de la colonie, ceux-ci ne perdent pas espoir de réaliser un jour leur idéal, de sorte que le mécanisme qui pousse les bourgeois vers les nobles continue à fonctionner jusqu'en 1760 au moins. Il est évident que si les fonctions d'officiers de milice avaient servi à la promotion d'un pouvoir exercé par et pour la bourgeoisie ou avaient été l'expres- sion d'un pouvoir populaire montant, que la noblesse aurait tenté coûte que coûte de maintenir son emprise sur les postes d'officiers de milice. La sorte d'abandon qu'elle en fait après 1700 servait tout simplement ses intérêts puisqu'il contri- buait à attirer les bourgeois vers elle, à les aliéner de leur vocation "bourgeoise".

Il est incontestable cependant que le caractère civil de la société ne cesse de se développer tout au long du XVIIIe siècle. A l'époque française, c'est l'em- prise du militaire qui se trouve minée par l'évolution alors que la montée d'une société civile semble s'être surtout accentuée après 1784. Parmi les facteurs res- ponsables de cette transformation, la commercialisation de l'agriculture, amorcée modestement après 1760 mais accélérée par la suite, a les mêmes répercussions sur l'offre de miliciens qu'elle a sur l'offre de main-d'oeuvre saisonnière pour la traite des pelleteries. En d'autres mots, l'articulation de l'agriculture au marché réduit l'offre de miliciens ou, tout au moins, crée une situation de conflit entre l'économique et le militaire. Le régime du volontariat établi en 1764 par les Bri- tanniques constituait l'admission qu'il pouvait y avoir incompatibilité entre l'idéal de la société militaire et les besoins de la société civile. Les difficultés croissantes qu'éprouvent les dirigeants gouvernementaux à mobiliser les paysans ou à faire accepter les lois de milice, traduisent à notre avis, qu'elles que soient les raisons invoquées par ailleurs par les paysans pour expliquer leur conduite, la progression depuis 1730 d'une perception civile de la société. La crainte du ser-

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