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vice à l'extérieur et l'idée que la défense du territoire appartient à l'armée régu- lière en sont la conséquence. Il est un autre phénomène qui stimule la croissance de cette vision civile de la société par opposition à sa valorisation par le mili- taire. C'est le développement après 1760 d'une bourgeoisie consciente de ses propres intérêts, de ses valeurs et visant a une réforme des institutions politiques qui l'incluerait dans la structure du pouvoir. Comment des bourgeois, tels ceux de l'époque française, aspirant à se fondre dans une noblesse militaire, à envoyer leurs fils faire carrière dans les troupes de la marine, pouvaient-ils promouvoir le caractère civil de la société? Dans cette perspective, le conflit qui débute vers 1765 entre la bourgeoisie anglophone, appuyée après 1780 par un grand nombre de marchands francophones, et la noblesse au sujet des institutions parlementai- res, est un affrontement entre deux perceptions de la société. Ces bourgeois an- glophones qui seront responsables de la commercialisation de l'agriculture, de la concentration des entreprises dans les pelleteries et, plus tard, de l'expansion de l'économie forestière, de l'établissement des banques et de la révolution des transports, s'intéressent toujours aux postes d'officiers de milice. Mais ils les convoitent à leur façon et conformément à leurs intérêts et aspirations de classe.

Dans cette évolution, la conquête anglaise est très significative par les per- turbations qu'elle provoque, au moins à court terme, dans la structure héritée de l'époque française. Naturellement, l'apothéose de l'officier de milice se situe pendant la période du régime militaire alors que sont créées les chambres de milice et les chambres d'audience, institutions à caractère judiciaire. Mais la po- litique anglaise de 1763 avait un caractère complètement révolutionnaire puis- qu'elle visait à détruire tout l'ancien régime social: abolition des dîmes, prohibi- tion des contacts avec Rome, serment du Test, abolition de la Coutume de Paris, remise en question du régime seigneurial, refus implicite d'intégrer les nobles dans l'armée régulière anglaise et proclamation de la liberté du commerce. Enfin, en 1765, les dirigeants de la colonie abolissent les milices. La noblesse se trou- vait forcée de devenir une noblesse exclusivement foncière au moment, il faut dire, où la chose devient possible. Mais l'Angleterre est forcée en quelques an- nées de reviser sa position et de chercher à s'appuyer sur les classes dirigeantes locales. C'est pourquoi l'Acte de Québec de 1774 consacre la survivance de l'an- cienne société. Même si les nobles ne retrouvent pas les chefs du patronage de l'Etat, ce qui leur avait permis de jouer un rôle significatif dans l'économie des pelleteries a l'époque française, leur statut juridique, social et politique est confirmé. Le rétablissement des milices en 1777, voire du service obligatoire, contribue comme la guerre à les rétablir dans leur rôle militaire. La création en 1794 des bataillons du Royal Canadian Volunteers, l'équivalent des troupes de la marine, les renforce, les remonte dans leur estime, dans leurs prétentions; mais bas au point de les inciter, comme ils avaient fait au début du siècle, à abandon- ner les postes d'officiers de milice aux marchands. La différence, c'est que la noblesse de la fin du siècle ne parvient plus à soutenir son niveau de vie et qu'elle se sent menacée par la montée d'une bourgeoisie consciente qui rejette son système de valeurs.

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