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avec la situation des officiers de TDLM. Montcalm faisait noter à l'intention du Ministre qu'on ne doit pas comparer la paye des Troupes de Terre à celle des Troupes de la Marine car "celles-ci ont des ressources de leur famille, du com- merce, des entreprises, de l'intrigue du pays et des postes de la traite" (9).

Du fort de Carillon, le sieur Leduchat, capitaine au régiment de Langue- doc, note que "la fortune est dans le Canada pour les personnes de condition comme pour les marchands... Les officiers placés dans les postes d'En-Haut comme Niagara, le Détroit, la Belle Rivière... font des gains considérables en peu d'années, mais il faut être protégé du Gouverneur pour les obtenir" (10). M. Bérenger et le Commandant Cousine citent tous deux l'exemple caractéristique de Marin, beau-frère de Rigaud, qui tout en opérant entre le lac Erié et l'Ohio "gagne 300.000 livres en 3 ans, soit une moyenne de 100.000 livres par an, ce qui n'avait évidemment rien de commun avec la modeste solde d'un capitaine" (3,000 livres par an). Et M. Bérenger poursuit: "dans le monde américain, axé sur le commerce de la fourrure et finalement sur le profit, un tel comportement n'a rien de choquant. Français et Anglais n'ont pas en effet le snobisme de mépri- ser l'argent, alors que les Européens respectent une autre échelle de valeur". Ne dérogeait-on pas à commercer avec les Sauvages? "Tout ce qui se passe dans la colonie fait la critique de la noblesse commerçante" note Bougainville. Ajoutons que cet esprit d'entreprise était poussé si loin chez certains membres de la société coloniale et certains officiers des TDLM qu'il était normal que Montcalm et ses officiers s'en indignassent. Certes l'Intendant Bigot n'est pas canadien, mais le triumvirat de la "Grande Société" compte des fils du pays, dont Hugues Péan, officier des TDLM et aide-major de Québec.

Sans vouloir généraliser, c'est néanmoins toute une conception des valeurs qui sépare bien souvent officiers des TDLM et des Troupes de Terre. Appartien- nent-ils à la même société? N'est-ce pas le sentiment profond de Montcalm quand il freine "la disposition dans nos officiers à faire de mauvais mariages qui n'étaient pas plus avantageux pour l'intérêt politique de la colonie que pour celui du Royaume" alors que "Monsieur de Vaudreuil m'aurait paru les favoriser; il est entouré de parents de petite extraction" (11).

En ajoutant aussitôt "j'ai cru que je ne pouvais rien faire de mieux pour l'intérêt de la Colonie et du royaume que de favoriser ceux (les mariages) des soldats" et en se réjouissant d'avoir pu présider à 80 mariages pendant l'hiver 56- 57, alors qu'avant son arrivée, seuls 7 mariages avaient été bénis l'hiver précé- dent, Montcalm souligne involontairement la nécessité pour l'historien de distin- guer très nettement le comportement des officiers et celui des soldats.

Les soldats et la Colonie

En quittant le Canada en 1667, le régiment de Carignan-Salières avait lais- sé 400 de ses hommes comme colons. C'est dire que l'attrait du pays avait été

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