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La multiplication des mariages dont se réjouissait Montcalm est également un signe de cette bonne adaptation du soldat à la vie canadienne. Ne goûtait-il pas à une vie plus libre et plus indépendante? Son retour en France n'en serait-il pas rendu plus difficile? Il y a une arrière-pensée dans le souhait de Montcalm d'encourager le soldat à se marier sur place et par conséquent à s'établir ensuite au Canada: "nous en laisserions la plus grande partie; ce serait d'excellents co- lons, de braves défenseurs de la Nouvelle-France. Et de retour dans le Royaume, une discipline exacte, une diminution de paye leur paraîtraient insupportables" (15). C'était justement apprécié. En octobre 1760, Bernier signale, au moment du rapatriement, que si les bataillons des troupes de Terre sont complets en officiers "les compagnies ne sont pas à 20 hommes par la désertion depuis la dernière revue, attendu que nombre de soldats veulent s'établir dans le pays" (16).

Quant aux soldats des troupes de Marine rapatriés à Rochefort et licenciés par la Marine, ils refusent de s'engager dans les troupes de Terre, rétorquant "qu'ils savaient le chemin d'Halifax". "Tout ce qui revient de Québec et de Mon- tréal paraît avoir un grand amour pour ce pays-là. Les soldats Y sont fort bien; ils trouvent a y travailler. Et le profit joint a la grande liberté et au libertinage les détourne de vouloir s'assujettir à la discipline..." (17)

Il n'y a donc pas une société militaire, mais, comme concluent MM. Bé- renger et Roy, trois groupes aux comportements très différents:

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    les soldats d'origine métropolitaine -- qu'ils soient des TDLM ou des

troupes de Terre -- qui ont découvert un monde nouveau, certes fort rude, mais ou ils ont été bien accueillis. L'approche d'un mode de vie plus libre, où le privi- lège tient souvent moins de place que l'esprit d'entreprise, a pu séduire des hommes soumis aux strictes hiérarchies féodales, à la discipline militaire rigou- reuse et a la pauvreté.

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    les officiers des troupes de Terre, émanation de l'Armée royale, désignés

pour participer à des opérations lointaines dans un pays qu'ils ne comprennent pas et dont les manières de vivre les écartent trop de leurs propres traditions et remettent parfois en cause leur échelle de valeurs.

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    les officiers des troupes de la Marine qui, comme tous les cadres stables

de la colonie, ont été absorbés par la société canadienne, c'est-à-dire la popula- tion de vieille souche française, dont ils ont adopté les modes de vie et de penser.

Il s'ensuit un conflit très vif qui oppose les deux catégories d'officiers, les soldats ne pouvant jouer qu'un rôle passif. Ce conflit que nous avons déjà es- quissé sur le plan sociologique et éthique, s'exacerbe au plan de la conduite de la guerre.

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