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Il est facile d'imaginer quelles ont pu être les réactions des officiers du ba- ron de Dieskau, puis du maréchal de camp de Montcalm quand ils découvrent en 1755 et 1756 ce qu'est la guerre aux Amériques. Si Dieskau n'a pas beaucoup le temps de réfléchir, puisqu'il se retrouve très rapidement prisonnier des Anglais, Montcalm confronte pendant trois ans, a la réalité canadienne, ses expériences de la guerre de succession de Pologne, de la campagne de Bohême et de multi- ples opérations de sièges au Piémont. Blessé et fait prisonnier a Plaisance en 1746, il a été une nouvelle fois blessé en menant son régiment à l'assaut des re- tranchements de l'Assiette [1747].

L'expérience de Montcalm, comme celle de ses officiers, est donc tirée d'opérations très typiques des guerres de la première moitié du XVIIIe siècle en Europe, très limitées dans l'espace (à l'exception de la campagne de Bohême, cas particulier), avec des combats rarement livrés en rase campagne (quand l'un des adversaires ne peut y échapper), articulées autour de places-magasins dont la possession est indispensable à une lourde logistique et où la défensive, à l'abri de retranchements savants et de feux denses, offre une incontestable supériorité. Il y faut des troupes très entraînées à des manoeuvres compliquées et processionnel- les et à des tirs sur ordre.

C'est l'antithèse des opérations menées au Canada. L'officier des troupes de Terre, fort de son expérience continentale, les assimile avec condescendance à la guerre primitive des "Sauvages". De plus, l'utilisation systématique de ceux- ci dont les raids se mesurent, en efficacité, au nombre de scalps, indigne l'offi- cier imbu des "bons usages" au combat. Il se passe un phénomène curieux: la littérature diffuse alors à la sensibilité européenne l'image du Bon Sauvage. Nombre d'officiers des troupes de Terre se piquent d'être cultivés et ouverts aux idées nouvelles. Bougainville est à la Colonie, leur plus brillant représentant. Or n'est-il pas un des juges les plus virulents de ce "pays barbare" qu'est le Canada, à travers ses colons et ses autochtones? Qu'un des plus intelligents des officiers de terre soit incapable de faire taire ses préjugés de métropolitain, sauf pour met- tre en cause le mythe du bon Sauvage, est un symbole des difficultés d'adapta- tion d'un corps d'officiers assez monolithique.

Pourtant Montcalm avait compris, au début de son séjour, qu'il lui faudrait probablement assimiler les caractères spécifiques de sa nouvelle zone d'action: terrain, hommes disponibles. Nécessité aidant, il comprend l'utilité des raids ravageurs des Indiens mais modifie peu son comportement personnel vis-à-vis de ceux-ci, ce que lui reprochera Vaudreuil, soucieux de doigté dans l'attitude à adopter avec des "Sauvages" alliés.

Pourtant le chevalier de Levis montre qu'un officier des troupes de Terre est capable de faire la synthèse entre les deux méthodes de combat, d'utiliser miliciens et Indiens sur les ailes ou dans les intervalles, en tirailleurs, pendant que les troupes de Terre supportent le choc anglais. Il sait même conduire des

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