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Il ne peut donc y avoir conflit sur le plan stratégique, tout au moins jus- qu'en mai 1759. Certes, Montcalm peut, et il ne s'en prive pas, critiquer le carac- tère aventureux des plans de Vaudreuil, se plaindre de la dispersion des forces qu'ils exigent, alors que le souci de ne rien hasarder implique concentration et prudence. Sa subordination le contraint à l'obéissance. Par contre, ce qu'il peut, c'est mener, dans son style, les opérations qui lui sont confiées. Apparaît alors un net déphasage entre les objectifs d'une stratégie canadienne à grande échelle et son exécution par Montcalm, limitée à une bataille classique, techniquement bien menée, mais sans envergure dans l'exploitation de ses succès.

Sa première victoire, à Chouaguen en 1756, aurait pu inciter Montcalm à réviser ses conceptions en face d'un adversaire bien timoré. En réalité, il en reste surpris car elle a été obtenue sans respecter les canons de la guerre européenne:

"Les dispositions que j'avais arrêtées sont si fort contre les règles ordinai- res que l'audace qui a été de mise dans cette entreprise doit passer pour de la témérité en Europe"(23).

Et c'est, l'année suivante, l'occasion manquée, après la chute du fort Wil- liam-Henry, de prendre le fort Lydius et d'aborder la vallée de l'Hudson, comme Vaudreuil l'avait souhaité. De nombreuses raisons ont été invoquées par Mont- calm et ses officiers pour expliquer cette carence. Derrière tous ces prétextes, n'y avait-il pas la conviction qu'une telle expédition, "téméraire" en Europe, le de- meurait aux Amériques?

Ce conflit de conception dans la campagne de 1757 fut-il déterminant pour l'issue des opérations? Concluons avec le Colonel Michalon: "un second succès n'aurait pu que prolonger la guerre, sans influer sur son résultat final que les choix stratégiques et la volonté des Anglais rendaient inéluctable".

Il est non moins évident que, si le gouverneur général exerce la responsa- bilité pleine et entière dans la conduite des opérations, la stratégie qu'il définit est beaucoup plus éloignée des desseins du gouvernement royal que ne le sont critiques et suggestions que lui adresse Montcalm. C'est à ce niveau qu'apparaît le décalage le plus déterminant, celui qui existe entre la politique canadienne, menée par Vaudreuil, et la place limitée qu'entend donner au Canada la stratégie globale de Versailles dans sa lutte contre les Anglais. C'est la conscience de ce décalage, complaisamment souligné par Bougainville pendant sa mission a Ver- sailles, qui incite la Cour à arbitrer le différend Vaudreuil-Montcalm en faveur de ce dernier. Celui-ci, désormais, "devra être consulté non seulement sur toutes les opérations, mais encore sur les parties de l'administration qui auront rapport à la défense et à l'administration de la colonie"(24).

Ces nouvelles instructions ne parviennent au Canada qu'au début de mai

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