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LA MARINE FRANCAISE ET LE PERTE DU CANADA

[Professeur agrégé Philippe Masson, Service historique de la Marine, Château de Vincennes (France)]

Selon le schéma généralement admis, la France engagée pendant la guerre de Sept Ans dans un conflit essentiellement continental n'a pu disposer des moyens militaires suffisants, aussi bien terrestres que maritimes, pour une inter- vention extérieure et empêcher la chute du Canada. Cette version n'est pas entiè- rement fausse, mais elle doit cependant être sérieusement corrigée.

La perte du Canada semble, en effet, résulter de considérations stratégi- ques générales, comparables à celles que l'on avait pu observer au cours des deux dernières guerres du règne de Louis XIV. De 1756 à 1765, la France s'est trouvée entraînée une fois de plus dans un grand conflit continental, avec un risque d'invasion, qui a exigé un effort considérable sur le plan financier et mili- taire. Simultanément, elle s'est trouvée en lutte avec la Grande-Bretagne qui, sous l'impulsion de William Pitt, a pratiqué une conduite de guerre extrêmement habile.

L'aide à l'allié continental, la Prusse, se manifeste par l'envoi de subsides, de contingents de troupes et par des "opérations conjointes" s'identifiant à des menaces de débarquement sur le littoral français, de manière à fixer le maximum de troupes adverses et réduire l'effort militaire du gouvernement de Versailles en Europe. Simultanément, la Marine britannique assure le contrôle des voies de communications et des mers vitales pour la Grande-Bretagne: mer du Nord, Manche, approches de l'Atlantique, littoral de l'Amérique septentrionale. Ce contrôle permet le ravitaillement de l'Angleterre, la paralysie du commerce fran- çais puis espagnol et constitue la base des grandes opérations militaires sur les théâtres extérieurs comme l'Inde, les Antilles et surtout le Canada.

Déjà profondément engagée sur terre, la France se trouve d'autant moins capable de réagir efficacement sur mer que sa marine aborde la guerre de Sept Ans dans les pires conditions. Depuis la fin du 17ème siècle, en gros à partir de la défaite de La Hougue, la marine a déjà eu tendance à sacrifier la guerre d'es- cadre au profit de la course. L'effort de redressement sous la Régence et les dé- buts du règne de Louis XV sont demeurés médiocres et les performances mari- times n'ont guère été brillantes pendant la guerre de succession d'Autriche.

En 1755, le budget ne dépasse pas 18 millions et la Marine n'est pas en mesure d'armer plus d'une quarantaine de vaisseaux. Certes, à la faveur du conflit, les crédits connaissent une augmentation sensible pour atteindre 57 mil- lions en 1759. Mais, a l'augmentation du budget rte répondent ni l'unité de vues, ni la réforme des structures. Dès 1757, Machault d'Arnouville sacrifié par la Pompadour abandonne son département et jusqu'en 1761, le Ministère va être

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