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regagner Rochefort le 31 octobre, Bougainville est chargé de plaider la cause du Canada auprès du Ministre de la Marine. On connaît le mot de Berryer 'Mon- sieur quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries" et la réplique de Bougainville "On ne dira pas que vous parlez comme un cheval".

La réponse brutale de Berryer traduit, en fait, une refonte complète de la stratégie française, qui va s'identifier à la dernière phase de la guerre de Sept Ans. Cette refonte est essentiellement l'oeuvre de Choiseul. Désigné comme Ministre des Affaires étrangères en décembre 1758, celui-ci va exercer une in- fluence déterminente sur la conduite diplomatique et militaire de la guerre. La nouvelle orientation se traduit d'abord par un désengagement en Europe sanc- tionné par le second traité de Versailles de mars 1759 qui limite la participation militaire française en Europe à la Rhénanie.

La nouvelle direction stratégique implique ensuite le renoncement à toute concentration navale ainsi qu'a l'envoi de renforts au Canada, en dépit des de- mandes du gouverneur Vaudreuil. La France ne renouvellera pas les expériences des deux années précédentes. La raison de cette abstention ne tient pas unique- ment à la faiblesse des forces françaises. En dépit des mécomptes enregistrés en Méditerranée, au cours des années précédentes, l'escadre de Toulon peut armer une douzaine de vaisseaux. Celle de Brest a pu être reconstituée et comporte, sous les ordres du Marquis de Conflans, une vingtaine de grands bâtiments. D'autres vaisseaux sont disponibles à Rochefort.

Exercé à partir de Torbay, de Spithead ou de Gibraltar, la surveillance ou le blocus britannique ne constitue pas encore une explication suffisante. Son étanchéité est loin d'être absolue aussi bien dans les mers d'Europe qu'au large des côtes d'Amérique du Nord. Au cours de l'année 1759, en dépit de la perte de l'Ile Royale, trois formations réussiront à gagner le Saint-Laurent sans être inter- ceptées.

Le 9 mai, Bougainville regagne Québec avec deux frégates et quatre trans- ports. Trois jours plus tard, arrivent 18 navires marchands de 400 tonneaux char- gés de vivres et de munitions. Cinq autres bâtiments de commerce se présentent encore devant Québec le 23 mai. Tous ces navires avaient réussi à déjouer la surveillance des 10 vaisseaux et des frégates de Durell qui avait hiverné à Hali- fax de manière à agir dès le début du printemps. En procédant par divisions sé- parées et par appareillages à la fin de l'hiver, il aurait été probablement possible de faire passer au Canada des vivres supplémentaires et quelques milliers d'hommes de renforts.

La raison essentielle de l'abstention navale et par voie de conséquence de l'abandon du Canada ne tient donc pas a l'infériorité de la Marine ou à la surveil- lance britannique. La raison essentielle est ailleurs. Elle repose dans l'idée de régler le conflit général d'un seul coup par un débarquement en Angleterre.

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