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postes isolés, progressa même vers Fez, peut-être avec l'idée de ranimer les trou- bles dans le Moyen-Atlas et de couper ainsi les relations avec l'Algérie. La concordance dans le temps des incidents du Rif avec ceux qui agitaient au même moment les territoires du Levant sous mandat français, combats du Djebel Druze, pose du reste le problème des appuis internationaux rencontrés par ces deux mouvements anti-français aussi bien auprès des vaincus de 1918, l'Allema- gne ou la Turquie, qu'auprès des éléments anticolonialistes de la métropole, en particulier des communistes assurant de leurs sympathies le peuple rifain dans un message signé de leurs dirigeants de l'époque. Le mouvement rifain inquiétait aussi bien les éléments fidèles au sultan que les simples citadins de Fès ou de Meknès, ce qui contribua indiscutablement au loyalisme des grandes villes du Nord du pays; le sud resta fidèle au Glaoui et au sultan comme il l'était depuis la conquête de Marrakech par la colonne Mangin en 1912. L'exil d'Abd et Krim après sa reddition lui donna une notoriété qui lui avait fait défaut même au temps de ses victoires sans pour autant faire oublier qu'il n'était qu'un "rogui" de plus, un insurgé combattant certes les Français comme il avait lutté contre les Espa- gnols, mais surtout le pouvoir à la fois politique et religieux du sultan protégé par ces puissances, mettant en cause le principe même du pouvoir charismatique d'un descendant du prophète. Les conditions dans lesquelles des intérêts étran- gers s'étaient trouvés plus ou moins servis par la guerre du Rif avaient remis en question le principe nationaliste parfois invoqué par les adversaires du sultan et de ses puissances protectrices.

La guerre du Rif réunissait dans une confusion surprenante les traditions politiques ou socio-économiques les plus hétérogènes dans les opinions ou dans les comportements des dirigeants. Le vieil anticolonialisme des socialistes fran- çais les amenait à s'abstenir lors du vote de crédits militaires tandis que les communistes votaient contre au nom des principes du soutien aux peuples op- primés, oubliant les répressions très colonialistes pratiquées au même moment par l'armée soviétique contre les Basmatchis du Turkestan. Les Rifains utili- saient les arguments empruntés à la terminologie wilsonnienne tout en recourant à la vieille formule des pirates barbaresques négociant au meilleur prix la libéra- tion des prisonniers pour se procurer des espèces et des armes. Les prélèvements des Rifains, venus de zone espagnole, sur les tribus de la zone française devaient par contre être à la fois un élément d'intimidation immédiate pour celles-ci en même temps qu'une incitation à la neutralité dans le conflit. Et les citadins al- laient témoigner d'une prudence due peut-être autant aux démonstrations des maigres troupes du général Colombat chargées de protéger Fes contre les Rifains qu'a la crainte séculaire du pillage de la ville par les Berbères des montagnes voisines. La même confusion se retrouvait dans les motivations de la carrière d'Abd et Krim, d'abord dignitaire de l'administration espagnole au vieux préside de Melilla avant de reprendre pour son compte les revendications du chef dissi- dent Bou Hamara qu'il avait d'abord combattu, comme il devait encore le faire contre Raisouli pour le compte de la puissance protectrice. Abd et Krim utilisait à la fois les traditions de la guerre sainte contre les infidèles comme tant de

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