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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)10

Introduction

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Durant ces dernières années, l'anthropologie a ressuscité la problématique de la différence en réinvestissant de valeur les pratiques des sociétés dites archaïques, en insistant sur le concept d'ethnicité et en s'intéressant aux travailleurs migrants des sociétés industrielles et aux minorités culturelles nationales. Dans l'étude présentée ici, nous avons voulu rechercher la nature de ce concept de différence qui fonde la définition anthropologique des groupes ethniques comme des unités culturelles spécifiques, distinctes d'une société dénommée globale.

De nombreux groupes ethniques furent formés au XIXe siècle lors d'un mouvement de colonisation tant économique que politique de territoires d'Afrique 1, d'Asie du sud-est et d'Amérique, contrôlés par les puissances d'alors : États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France et Espagne.

Aux Antilles et en Amérique du nord, ce mouvement engendra un important transfert de population à l'échelle internationale, mais ce déplacement ne peut être considéré comme la cause de l'apparition de groupes ethniques. En effet, l'importation d'esclaves africains dans la société coloniale de Cuba du XIXe siècle ne donna lieu à la formation d'aucun groupe ethnique, alors que les immigrants asiatiques (Chinois) arrivés dans cette société constituèrent un groupe ethnique.

Les questions qui se posaient étaient les suivantes : quels furent les différents mécanismes sociaux qui intervinrent dans ces cas de déplacement de population ? Quelles furent les conditions sociales d'apparition du groupe ethnique chinois ? Afin de commencer à apporter une réponse à ces questions, nous avons analysé la situation de plusieurs milliers de Chinois immigrant dans la société coloniale esclavagiste de Cuba entre 1847 et 1880. Dans une première étape, l'analyse consiste à présenter l'organisation de la production sucrière de Cuba afin de saisir le rôle de l'immigration chinoise dans la société créole. Dans une seconde étape, à partir de documents de l'époque, elle décrit les conditions de travail et de vie des esclaves et des engagés chinois. Cette démarche ethno-historique révèle les critères empiriques (économiques, occupationnels, légaux, raciaux et culturels) suivant lesquels les Chinois furent identifiés par les Créoles. Dans sa dernière phase, l'analyse cherche d'une part à reconstruire la théorie idéologique créole qui donna

1 M. H. Fried, The Notion of Tribe, 1974.

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