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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)101

cette évolution. Comme le remarque Knight 224, le manque de preuves concernant un transfert massif d'esclaves urbains vers les plantations oblige à conclure à l'importance des affranchissements pour expliquer la baisse de la population esclave des villes entre 1855 et 1870. La gêne apportée par l'opposition britannique au trafic des esclaves entraîna certainement le vieillissement des esclaves des villes, souvent artisans ou domestiques et accentua les effets de la loi Moret. Il en résulta un manque de main-d’œuvre dans les villes, que ce fut dans le secteur domestique ou dans les multiples activités liées à la production sucrière, et l'appel aux engagés chinois. Par courtoisie à l'égard des autorités espagnoles, la Commission Chin-Lan-Pin insista sur ces divers travaux urbains accomplis par les sujets chinois ; elle chercha à ne pas mettre en lumière le fait que 80 % des engagés avaient accompli leurs contrats dans des plantations. Elle écrivit 225 :

Les Chinois, qui, à leur arrivée avaient trouvé un engagement à La Havane ou dans les autres villes de Cuba, étaient employés dans les magasins de sucre, dans les manufactures de tabac, chez les cordonniers, les chapeliers, les marchands de fer ou de charbon de bois, les boulangers, les confiseurs, les tailleurs de pierre, les charpentiers, les maçons, les blanchisseurs, par des compagnies de chemin de fer ou de gaz, dans les fours à briques, à bord des allèges, ou bien comme balayeurs municipaux, domestiques et cuisiniers.

Les listes présentées ci-après des Chinois détenus à La Havane, soit au dépôt des marrons en 1874, soit à la prison municipale en 1862 et en 1874 226 illustrent la nature variée des tâches des engagés des villes. D'autres documents montrent que quatre séries d'occupations plus précises leur furent attribuées, directement liées à l'expansion sucrière et à l'industrialisation des manufactures. Ce furent les opérations du port, le tracé des voies ferrées, la surveillance et la conduite des trains, et la construction d'édifices. Les coolies chinois furent particulièrement appréciés comme débardeurs et portefaix. Ce travail était, de tradition, accompli par des Noirs esclaves ou libres, qui portaient leurs charges sur la tête. Les Chinois, d'apparence frêle, grâce à l'emploi de la palanche, purent aisément accomplir ces tâches. Les coolies firent partie des équipes qui construisirent des quartiers entiers de la capitale entre 1855 et 1859. Les bâtiments compris entre les rues Zanja, Reina et Belascoain, furent l'œuvre de colons asiatiques. Par une ironie du sort, cette zone de La Havane devint le centre du quartier chinois. Des églises, des résidences de planteurs, des hangars furent édifiés par la main-d’œuvre cantonaise. Grâce à leur habileté manuelle, aux soins qu'ils donnaient au matériel, à leur aptitude à travailler en groupe, les Chinois furent aussi surveillants des voies ferrées, gardes de passages à niveau, machinistes, charbonniers. La compagnie des chemins de fer de La Havane employait, en 1861, 322 Asiatiques, 5 esclaves et 10 Noirs affranchis 227.

224 F. Knight, Slave Society in Cuba during the 19th Century, p. 62.

225 Chinese Emigration, p. 151.

226 Archivo nacional de Cuba, Asuntos políticos, signatura D. et G.

227 Informe presentado por la Junta directiva de caminos de hierro de La Habana a la general de accionistas en 27 de octubre de 1861, La Havane, Imprenta del Tiempo, 1861.

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