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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)109

1861 238 :

C'est une véritable prison en forme de quadrilatère qui comporte des pièces généralement point en accord avec le nombre et la nature de leurs habitants [...]. Dans ces pièces les Noirs établissent des divisions et sous-divisions, construisent des greniers pour garder leurs récoltes, des foyers mais souvent ils cuisinent sans établir de foyer afin de supprimer les influences des corps dus à la combustion. Dans ces logements il règne une grande obscurité et la ventilation est insuffisante ou nulle [...]. Nous savons bien que beaucoup de planteurs, au lieu de construire des baraquements suivant ce modèle, ont adopté un autre système qui évite en partie certains des inconvénients énoncés, et avec cette nouvelle intention, ils ont construit de jolis pavillons entourés de galeries et, il est ainsi possible aux Noirs, faute de cuisine commune, de préparer leurs repas sur les galeries.

L'existence de ces baraquements comme logements des esclaves est un fait particulier à la plantation sucrière de Cuba au XIXe siècle. Durant les trois premiers siècles de la colonie, les esclaves avaient vécu dans des cases de bois 239 couvertes de feuilles de palmier qui pouvaient abriter une famille et formaient des villages près de l'habitation (voir figure 2).

Mais l'expansion sucrière des années 1820-1850, mit fin à cette forme d'habitat. Les mauvais traitements et la large proportion de bozales 240 s'adaptant difficilement à leur nouvelle condition, provoquèrent des rébellions et des fuites qui persuadèrent les planteurs d'enfermer leurs esclaves la nuit. Seul un édifice construit à cet effet pouvait répondre à leurs exigences. Ces baraquements comportant barreaux, grilles, fortes portes de fer et ouvertures étroites furent construits, selon la recommandation de Bernard de Chateausalins 241. Les Chinois employés dans les plantations connurent le régime de ces baraquements, où des pièces particulières leur furent attribuées.

Le plan représenté est décrit par Fernandez Ortiz 242 :

Le barracón est généralement un parallélogramme construit de bois [...]. Au centre, la cour intérieure entourée d'un auvent où donnent différentes habitations : une pour les hommes, une pour les femmes, une pour les colons chinois semi-esclaves, une pour les chefs de gangs chinois, une pour les jeunes filles noires [...]. À la droite du couloir d'entrée se trouvent les deux pièces réservées au surveillant et à sa famille...

238 F. Pérez de la Riva y Pons, "La habitación rural en Cuba", Antropología, n° 17, La Havane, 1952, p. 69.

239 Nom espagnol de ces paillottes : bohio suivant le terme utilisé par les conquérants espagnols pour désigner les cases de paille des Indiens indigènes.

240 Les esclaves étaient classés en bozales, nés en Afrique ; criollos, nés à Cuba et ladinos, nés à Cuba et parlant espagnol.

241 Suivant H. B. de Chateausalins, ces constructions devaient "posséder une seule porte, prenant soin l'administrateur ou le contremaître d'enlever les clefs la nuit. Chaque pièce [...] ne devait avoir d'autre entrée qu'une petite porte et sur un côté une lucarne avec des barreaux de fer qui se ferme afin d'éviter que l'esclave ne communique avec les autres durant la nuit".

242 F. Fernández Ortiz, Los negros esclavos, estudio sociológico y de derecho público, p. 211.

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