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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)112

Pas un instant on ne peut croire que des attentions plus grandes leur sont accordées. Ils sont traités comme des esclaves, à la seule différence qu'après huit ans ils ont le droit de reprendre leur liberté, s'ils réussissent à survivre aux travaux et cruautés auxquels ils sont soumis durant tout le temps de leur contrat [...]. Ils sont dans les plantations occupés 14 heures par jour, et obligés de travailler les jours fériés s'ils veulent se procurer ces objets, qui se trouvent à la portée même des pauvres gens...

La vie de l'habitation était réglée par le son d'une cloche qui résonnait quatre fois par jour.

À quatre heures et demie du matin, résonnait l'Ave Maria. Je crois que c'étaient neuf coups. On devait se lever immédiatement. À six heures, une autre cloche sonnait qu'on appelait celle de la jila (file), il fallait se ranger en files sur une aire proche du baraquement, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Ensuite on partait pour les champs jusqu'à onze heures, heure à laquelle on mangeait de la viande séchée, des tubercules et du pain. Puis, à la tombée du soleil, résonnait l'Angélus. À huit heures et demie la cloche résonnait pour la dernière fois pour nous envoyer dormir. On l'appelait "le Silence" 250.

À minuit, la cloche résonnait à nouveau signalant l'heure de repos aux esclaves et colons travaillant dans la sucrerie. Une nouvelle équipe prenait la relève jusqu'à l'aube. La main-d’œuvre était divisée en groupes s'adonnant à des tâches différentes selon l'intelligence, la résistance physique et la docilité 251 :

Avant de partir vaquer à ses tâches, cela aussi bien à l'Ave Maria, qu'à l'Angélus et qu'à midi, les esclaves formaient un demi-cercle devant la maison du contremaître, celui-ci debout au centre, quand il avait compté les esclaves qui manquaient [...] donnait l'ordre à un de ses subordonnés d'envoyer ceux-là dans les champs à couper les cannes, ceux-ci à la sucrerie, d'autres au moulin ou aux séchoirs.

La distribution des tâches à la main-d’œuvre masculine se faisait en fonction des travaux de jour et de nuit à réaliser dans l'usine ou la manufacture. Il y avait les groupes du quart de première" et ceux du "quart d'aube" (cuarto de prima, cuarto de madrugada), les premiers veillaient jusqu'à minuit, les seconds les remplaçaient alors pour travailler jusqu'à l'Angélus. Il y avait une différence notable entre les deux horaires, l'équipe de "première" était considérée comme favorisée.

Les Noirs, qui se couchaient à minuit lorsque le sommeil les dévorait, ne souffraient pas la moitié des peines de ceux qui devaient aller dormir à l'heure de l'Angélus lorsqu'ils n'en éprouvaient pas encore le besoin... 252.

250 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 22-23.

251 A. Suárez y Romero, Francisco, p. 62.

252 Ibid., p. 66.

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