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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)113

Les colons travaillant dans les purgeries et les sucreries souffraient particulièrement de l'insomnie. Dans sa déclaration de 1874, Ch'en Hua évoqua cette scène 253 :

Sur la plantation je vis un certain Huang A-Fang de Sinhwei, qui était employé dans un magasin à sucre, battu et mordu jusqu'à mort par des chiens qu'on avait lancés sur lui, parce qu'on l'avait trouvé endormi...

La discipline dans les sucreries était rigide, toute défaillance pouvait provoquer l'avarie d'une machine et entraver la production. Titubant de sommeil, les colons chargeaient et contrôlaient les centrifugeuses, déchargeaient les cannes, surveillaient la cuisson du vesou, tiraient les wagons jusqu'au magasin et ensachaient le sucre. Ils devaient suivre le rythme des machines, toute erreur pouvant entraîner une médiocre cristallisation du sucre. Dans les champs, à l'usine, tout geste maladroit, tout arrêt causé par la fatigue étaient punis d'un coup de fouet. Le châtiment corporel devint la seule incitation au travail ; la pétition de 35 coolies présentée en 1874 précisait 254 :

Une plantation à sucre est un véritable enfer ; les Chinois y sont battus toute la journée et les propriétaires, administrateurs et surveillants y commettent les plus grandes cruautés. Les Chinois ont le corps couvert de plaies, leurs pieds ne connaissent aucun repos et sur 24 heures ils n'en ont que quatre pour reposer.

Les colons furent souvent décrits comme des êtres hagards, hébétés et malingres, qu'ils travaillassent dans les champs ou dans les usines. Leur témoignage est cependant plus éloquent que tout récit de voyageur 255 :

Le travail est très dur. Nous nous levons à 3 heures du matin et travaillons jusqu'à midi, à 1 heure de l'après-midi nous recommençons à travailler jusqu'à 7 heures du soir ; nous avons alors une demi-heure de repos et une ration de maïs, puis nous continuons à travailler jusqu'à minuit. On nous frappe, on nous fouette et sur 200 que nous étions, il n'en reste plus que 80.

Un groupe de dix-sept autres colons déclarait encore 256 :

Il nous faut travailler la nuit jusqu'à près de 1 heure du matin et nous recommençons le travail à 4 heures du matin. Nos corps, nos os sont si douloureux que nous ne pouvons pas travailler vite.

Le régime de vie des habitants créoles à Cuba fut parfaitement adapté au propos des planteurs : obtenir la plus grande quantité de travail au coût le plus bas possible. O'Kelly observa à la suite de ses visites de plantations 257 :

253 Chinese Emigration, p. 180-181.

254 Chinese Emigration, p. 130

255 Ibid.

256 Ibid.

257 J. O'Kelly, La tierra del Mambí, p. 96.

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