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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)114

Si le destin de l'humanité fut d'obtenir la production la plus grande possible du travail d'un homme, sans tenir compte de son bonheur terrestre et du salut de son âme, on ne pourrait imaginer système plus adéquat pour arriver à cette fin que celui adopté dans ces habitations.

Les corps s'usaient vite à cette vie d'efforts, de privations et de coups. L'espoir de tout colon était de voir son contrat transféré à un artisan d'une ville de l'île. Son labeur serait moins dur. Peu connurent cette possibilité car la plupart des travailleurs chinois des villes furent employés à de rudes tâches, et leur existence n'eut rien à envier à celle des colons des plantations, comme le montrèrent deux témoignages de colons en 1874 258 :

Nous sommes au service d'une compagnie de chemin de fer et avons à travailler nuit et jour. Le surveillant est très cruel et le contremaître croit tout ce qu'il dit [...]. Nous nous levons à 4 heures du matin et ne cessons de travailler qu'à 1 heure du matin. Nous n'avons pas de repos le dimanche.

Je suis employé dans une compagnie d'allèges et travaille de 4 heures du matin à minuit, le maître m'avait promis de ne point me faire travailler après-midi les dimanches, mais quand j'ai voulu me reposer à cette heure-là, le surveillant m'en empêcha en me battant, me donnant des coups de pied.

La capitale de l'île ne constituait pas un havre malgré les récits de voyageurs décrivant la condition des engagés comme meilleure à La Havane 259 :

À La Havane les travailleurs sont opprimés et battus à coups de fouet et de verges, la nuit ils ne peuvent pas dormir en paix, leur nourriture est insuffisante, on ne leur donne pas de vêtements ; on ne saurait compter tous ceux qui sont morts de mauvais traitements.

Telle fut la lettre envoyée par 90 coolies à la Commission chinoise venue enquêter à Cuba. À l'exception de quelques domestiques ou artisans, les conditions de travail furent cruelles pour tous les engagés. Le contenu de plusieurs pétitions envoyées par des groupes de dix à cent individus à la Commission d'enquête le rappelle sans cesse. L'une d'elles comportait ces lignes 260 :

Tous les gens qui travaillent, dans les montagnes ou les plantations, dans les familles, dans les chemins de fer, à bord des navires ou bien dans les prisons aux travaux forcés, sont non seulement exposés à toutes sortes d'injustices de la part des méchantes gens, mais de plus constamment battus par leurs surveillants. Ceux-ci se servent de nerfs de bœufs séchés au soleil dont les coups sont horriblement douloureux.

258 Chinese Emigration, p. 130-132.

259 Ibid., p. 115.

260 Chinese Emigration, p. 116.

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