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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)118

Hormis l'octroi de lopins de terre, où certains d'entre eux, très laborieux, cultivaient du tabac et les légumes qu'ils désiraient, les esclaves étaient autorisés à élever des porcs. Chacun d'eux avait son propre poulailler et tout au long de l'année engraissait ses animaux 269.

Les esclaves gardaient une part de la farine de maïs qu'ils recevaient de leur maître et engraissaient quelques animaux. Ce furent souvent ces produits d'élevage et de jardinage qui les sauvèrent de la faim et de la malnutrition. Dans ces espaces sis derrière les baraquements, ils récoltaient calebasses, patates douces, manioc, maïs, cacahuètes, haricots lima, pois (frijol caballero, okra quimbombó270. Ils cultivaient encore des épices : piment de Castille, ails, coriandre, thym et citronnelle (toronjil271. Quant aux Chinois qui acceptèrent de cultiver les jardins, ils purent, suivant le témoignage d'un voyageur italien cultiver des semences importées de Chine 272. Ces produits des jardins et de l'élevage, les esclaves les consommaient et les vendaient afin de se procurer des denrées plus appréciées 273 :

Ils vendaient leurs produits très bon marché, des porcs valaient une once, une once et demie d'or comme elles étaient à l'époque. Les tubercules, jamais ils ne les vendaient. J'ai appris des vieillards à manger des tubercules, c'est nutritif. Mais durant l'esclavage, le plus important, c'était le porc.

Les clients des esclaves étaient les paysans des alentours qui venaient acheter de la viande salée et vendre du lait, boisson recherchée par les esclaves pour son pouvoir contre les maladies infectieuses.

Les colons chinois participèrent-ils à ces échanges ? La question reste ouverte. Des vendeurs ambulants, engagés âgés, dont les patrons ne pouvaient plus exploiter les services, obtenaient le droit de colporter quelques friandises qu'esclaves et Chinois achetaient. Un esclave rapporta 274 :

Je me rappelle aussi qu'il se vendait des cadeaux appelés "caprices", faits de farine de Castille, de sésame et de cacahuètes. Mais les graines de sésame étaient propres aux Chinois, certains étaient vendeurs et ils allaient de plantation en plantation.

La nourriture distribuée étant peu variée, colons et esclaves se rendaient au magasin de la plantation, appelé parfois taverne, quand des boissons alcoolisées y étaient servies. Ces cabanes rustiques, en bois et en feuilles de palme, étaient le centre de la vie de la plantation, après les journées de travail. Colons et esclaves

269 E. Ripley Moor MacHatton, From Flag to Flag, a Woman's Adventures and Experiences in the South during the War, in Mexico and in Cuba, p. 186.

270 Frijol caballero: dolichos lablab ou encore Lablab vulgaris ; Quimbombó : hibiscus esculentus ; Haba lima ; linia citrea.

271 Meilissa officinalis.

272 A. Gallenga, The Pearl of the Antilles, p. 128.

273 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 24.

274 Ibid., p. 27.

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