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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)119

achetaient riz, viande salée, graisse de porc, pois de toutes espèces, safran, graines de cumin, cannelle, biscuits, confiseries, pain, rhum de mauvaise qualité (aguardiente). Les planteurs contrôlaient ces comptoirs 275 :

Parfois les maîtres étaient mauvais, ils dupaient les Noirs, leur imposant des prix faux. J'ai vu des disputes pour cela et le Noir en sortait puni sans le droit de retourner à la taverne. Dans les carnets, les dépenses étaient inscrites et quand un esclave achetait pour la valeur d'un medio 276, un trait était inscrit et ainsi de suite.

Les Chinois comprirent la duperie. 167 d'entre eux expliquèrent à un fonctionnaire chinois en 1874 277 :

Sur chaque plantation, se trouve un magasin appartenant à l'administrateur et à d'autres ; les objets sont de mauvaise qualité et très chers, mais si nous essayons d'acheter en dehors on dit que nous nous sauvons et on nous oblige à travailler avec les fers aux pieds...

Grâce aux produits reçus du maître, à ceux récoltés dans les jardins ou achetés dans les tavernes, esclaves et engagés pouvaient varier leur régime. Les cours intérieures des barracones se transformaient en cuisine commune où les femmes pilaient le maïs, confectionnaient des quimbombó, calalú et éco 278 tandis que les Chinois accommodaient leurs recettes. Tous possédaient leurs propres foyers, alimentés au charbon de bois.

Des nouveaux produits s'ajoutaient à la liste habituelle lorsque la chasse à l'affût ou des larcins rapportaient leurs fruits. Les coolies furent habiles à la chasse des jutías 279, et d'une variété de serpents qui abondait dans les cannes. Ils les capturaient à leur retour des champs. Les vols furent fréquents entre esclaves et colons, Eliza Mac Hatten-Ripley raconta comment les chevaux de son époux, planteur américain établi à Cuba, disparaissaient certaines nuits. Les esclaves les empruntaient afin d'aller cacher dans un recoin rocheux ou une hutte éloignée les produits de leurs larcins nocturnes. Chaque esclave avait coutume d'enfermer, le soir tombé, porcs et volailles afin d'éviter toute tentation à ses voisins. Les produits des jardins du maître étaient aussi convoités ; un Chinois accoutumé à dérober chaque nuit les fruits du verger de son patron connut une mésaventure : le fantôme démesuré d'un Noir lui apparut une nuit 280.

275 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 27.

276 Medio : monnaie espagnole.

277 Chinese Emigration, p. 123.

278 Quimbombó : soupe à partir d'okra ; Calalú : potage de feuilles de malanga (Xanthosorna sagittifolium), de verdolaga (Portulaca oleracea), de calebasse et d'autres légumes accompagnés de vinaigre et de graisse de porc. E. Pichardo, Pichardo novísimo o diccionario provincial, casi razonado de voces y frases cubanas, p. 139.

279 Jutia : capromys furnieri.

280 E. Ripley Moore MacHatton, From Flag to Flag, a Woman's Adventures and Experiences in the South during the War, in Mexico and in Cuba, p. 195.

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