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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)121

Les travailleurs asiatiques n'échappèrent pas à ces maux. Les fonctionnaires chinois venus en 1874 constatèrent que seuls, les cuisiniers et les domestiques paraissaient bien portants. Au contraire les colons des plantations avaient un air abattu qui témoignait des conditions de vie qu'ils subissaient 285. 97 engagés déclarèrent 286 ;

Nous voyons mourir à peu près la moitié de nos compatriotes et nous qui survivons sommes mutilés ou avons des maladies internes.

Les soins apportés aux malades et aux blessés étaient souvent inefficaces. La présence d'un médecin sur la plantation n'était pas un gage de guérison. Un planteur narra, lui-même, comment les praticiens ne possédaient aucun savoir médical, avaient rarement lu un livre et appliquaient saignées, purges et cataplasmes sans discernement...

Les planteurs par avarice, ou simplement par obligation, se contentaient des "chirurgiens romancistes" 287 qui ne possédaient aucune expérience médicale ; ou l'administrateur devenait médecin, comme il était fermier, machiniste et comptable. Les médecins exerçaient à prix élevé dans les centres urbains, tandis qu'apothicaires de mauvaise renommée, charlatans, et "barbiers distingués" 288 parcouraient les zones rurales de l'île. Le sort des Chinois fut pire que celui des esclaves : tout Chinois était remplaçable alors qu'un esclave décédé représentait une perte définitive à partir de 1860 289 :

Quand nous étions malades, expliquèrent deux travailleurs sous contrat, on ne nous permettait pas d'aller nous reposer dans les hôpitaux et si nous demandions à y être admis on nous battait, on nous mettait les fers aux pieds et on nous retenait nos gages.

Pendant que j'étais à la plantation, je tombai malade et comme je ne pouvais plus travailler, on ordonna à quatre Nègres de me tenir à terre et on me fouetta après m'avoir dépouillé de mes vêtements...

Face à l'incompétence des médecins ruraux, colons et esclaves recoururent à leurs propres pratiques médicinales.

Le maître désignait comme infirmières des esclaves âgées et de robustes jeunes femmes qui allaitaient les nouveaux-nés dont les mères restaient aux champs. Quand un esclave était malade, elles préparaient décoctions, cataplasmes et potions. Les ingrédients et leurs médications étaient essentiellement des herbes recueillies autour des plantations, dans les cannes et les jardins :

285 Chinese Emigration, p. 168.

286 Ibid.

287 F. Fernández Ortiz, Los negros esclavos, estudio sociológico y de derecho público, p. 275. Cette dénomination désignait les médecins qui n'employaient pas le latin comme langue médicale.

288 Ibid.

289 Chinese Emigration, p. 169-170.

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