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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)122

En ce temps-là, il n'y avait pas de bons médicaments [...] C'étaient les infirmières à moitié sorcières elles-mêmes qui soignaient à l'aide de remèdes fabriqués par elles. Parfois, elles guérissaient des maladies auxquelles les médecins ne comprenaient rien. Parce que l'affaire ne consiste pas à toucher quelqu'un, à lui piquer la langue ; ce qu'il faut, c'est avoir confiance dans le pouvoir des herbes qui sont les mères de la médecine. L'Africain de là-bas, de l'autre côté de la mer, n'est jamais malade, il a toutes les herbes à sa portée 290.

Les Chinois utilisèrent la flore créole. Le rapport de 1874 indique que des herboristes, employés à bord des bâtiments avaient été cédés à La Havane en tant que péons 291. Ces infortunés apportèrent savoir médical, herbes et plantes chinoises à l'aide desquelles ils composèrent des recettes mêlant les flores cantonaise et créole. Un fils de coolie rapporta que des herboristes chinois réussirent à soigner le choléra grâce à un mélange d'opium et de plantes créoles 292. Certains devinrent célèbres, des membres de la colonie chinoise les citaient encore en 1969. Ainsi Kan Shin-Kong, venu de Canton, qui laissa des écrits illustrant son savoir. Un autre engagé devint un personnage légendaire : Chambombian 293. Son talent médical donna lieu à un proverbe encore populaire en 1969. Fièvres, plaies variqueuses, rhumatismes, maladies de la peau, blessures, contusions, coupures, ulcères étaient guéris à l'aide de plantes, d'autres maux restaient incurables 294. Aussi les patrons se réjouissaient-ils lorsque le hasard conduisait sur leur plantation un herboriste de talent. Aucune restriction ne fut apportée aux pratiques médicinales des esclaves et des engagés, si ce n'est dans les cas d'usage fréquent de l'opium.

290 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 41.

291 Chinese Emigration, p. 112.

292 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 19.

293 Archivo nacional de Cuba, Miscelánea, legajo 120, letra T.

294 R. Hernández Poggio, La aclimatación en higiene de los Europeos en la Isla de Cuba, p. 45. Cet auteur présenta une table de différentes maladies qui causèrent à la Havane la mort de centaines de personnes en 1872 : variole (1 126) ; fièvre jaune (991) ; tétanos (377) ; dysenterie (170) ; diphtérie (61) ; choléra (95) ; paludisme (218).

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