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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)124

gaze, habits bleus à boutons d'or succèdent par enchantement aux guenilles de la veille...

Les esclaves économisaient afin de pouvoir acheter ces vêtements neufs. Les samedis et dimanches, des vendeurs ambulants venaient dans les plantations vendre calicots, tissus fins et foulards de cotonnade coloriée, dont les femmes esclaves faisaient des turbans.

En 1860, un de ces colporteurs rapporta à une voyageuse américaine que les dépenses hebdomadaires des esclaves de la plantation qu'elle visitait s'élevaient à quelque 25 pesos 300. Duvergier de Hauranne rapporta la même coutume parmi les esclaves de l'habitation Las Cañas 301. Les Chinois au contraire se plaignirent de l'impossibilité de réunir les sommes utiles à leur retour en Chine. Leur inquiétude fut exprimée par l'un d'eux en 1874 :

Comment pourrions-nous, pendant le temps de notre engagement, économiser de quoi payer notre passage de retour en Chine 302 ?

Les esclaves des plantations ne croyaient plus au rachat de leur liberté qui exigeait la somme minimum de 600 pesos en 1860. Les Chinois, confiants en leur statut de travailleurs sous contrat, gardaient l'espoir de revoir leur sol natal. Un ancien esclave, qui vécut sur une plantation avec des colons chinois, a décrit les soins portés par les esclaves à leurs tenues 303.

Toute cette agitation avait lieu le dimanche. Ce jour-là, chacun avait un vestiaire spécial. Les Noirs achetaient des souliers montants en box, entièrement fermés, dans les villages proches de l'usine où ils allaient avec la permission du maître. Ils portaient des foulards de madras rouge et vert autour du cou. Ils se fixaient aussi une paire d'anneaux aux oreilles et ils en portaient d'autres d'or aux doigts. De véritable or. Certains, par contre, avaient des bracelets d'argent qui leur montaient jusqu'aux coudes. Et aussi des souliers vernis.

Interrogé au sujet des tenues vestimentaires des colons les jours fériés, le même esclave ne se souvint d'aucune particularité, cette absence d'intérêt des Chinois pour leurs tenues n'était, à ses yeux, qu'une des nombreuses différences qui les isolaient des esclaves ! Le dimanche, alors que les sons des tambours commençaient à résonner, les colons s'enfermaient dans les baraquements.

300 J. Howe Ward, A Trip to Cuba, p. 76. 25 pesos pour un atelier de 100 esclaves, soit 250 à 300 dollars actuels.

301 E. Duvergier de Hauranne, "Cuba et les Antilles", Revue des Deux Mondes, 65, 1866, p. 640.

302 Chinese Emigration, p. 123.

303 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 31.

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