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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)125

3.Jeux et fêtes

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Je ne sais comment les esclaves pouvaient avoir encore autant d'énergie. Les fêtes les plus importantes, durant l'esclavage, furent données ce jour-là. Il y avait des habitations où le tambour commençait à résonner à midi ou à une heure de l'après-midi [...]. J'ai toujours vu que les plus isolés étaient les Chinois, ces têtes de [...] n'avaient aucune oreille pour le tambour, ils restaient dans leur coin. Est-ce qu'ils pensaient beaucoup ? À mon avis, ils réfléchissaient plus que les Noirs, mais personne ne leur attachait d'importance. Et les gens continuaient à danser...

Cela peut paraître bizarre, mais les Noirs se divertissaient dans leurs baraquements. Ils avaient leurs amusements et leurs jeux [...]. Les Chinois n'entraient pas dans les jeux, ils étaient séparatistes 304...

Cette distance entre les deux groupes fut décrite à maintes reprises par des témoins blancs 305 :

Les Chinois ne se mêlaient pas aux Noirs, que ce soit dans leurs travaux ou socialement. Pourtant ils étaient sujets aux mêmes règles pour leurs heures de travail et de repos. Les dimanches, ils se paraient de vêtements propres, de colliers, de petites pinces et de cure-dents d'ivoire, et en groupes de deux ou trois, flânaient nonchalamment, prêtant rarement attention aux Africains qui dansaient, et souvent ne donnant d'autre signe d'animation que le perpétuel mouvement de leurs larges éventails. Dans les baraquements, ils étaient des joueurs invétérés, et, quand on en voyait deux ou plus ensemble, on était sûr qu'ils s'adonnaient à leur vice habituel...

Ils jouaient avec quelques bâtonnets, grains de riz ou pépins de citron. Et, fréquemment, le lundi matin, un Chinois se rendait au travail revêtu d'un sac de jute, ayant joué et perdu tous ses vêtements ; et il était impossible de lui faire avouer lequel de ses compatriotes avait gagné l'enjeu.

Dominos, cartes, jeu du "bouton" passionnaient les colons durant leurs heures de repos qu'ils prirent aussi coutume de passer à goûter les saveurs du tabac cubain. Les esclaves allaient aux tavernes proches, et risquant quelque monnaie, jouaient à la galleta, à la botija, absorbant force doses de rhum 306. La coutume du jeu des Chinois irrita certains patrons qui leur infligèrent de fortes amendes quand ils les découvraient en train de s'y adonner. Samuel Hazard rapporta que l'un d'eux confisquait tout le capital trouvé sur les tables de jeux et achetait des billets aux bénéfices des colons coupables 307 ! Colons et esclaves avaient coutume d'acheter

304 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 29.

305 E. Ripley Moore MacHatton, From Flag to Flag, a Woman's Adventures and Experiences in the South during the War, in Mexico and in Cuba, p. 189.

306 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 28.

307 S. Hazard, Cuba with Pen and Pencil, p. 150.

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