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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)126

ces billets à des vendeurs ambulants 308. La pratique des jeux d'argent fut courante au sein des ateliers, chacun espérait mettre fin à ses privations ou à sa condition par le miracle de la chance. Mais ce fut le goût des Chinois pour l'opium qui irrita le plus les planteurs créoles. Les amendes furent dans les ateliers de cigarettes de La Havane, de 17 pesos pour chaque manquement au règlement 309, elles équivalaient à quatre mois de gages. L'opium était disponible dans l'île, dispensé par des colons. À Casablanca, village dans la baie de La Havane, on découvrit à la suite d'une dénonciation 310 deux colons détenteurs d'importantes quantités d'opium. La proximité du port facilitait le trafic. L'opium était aussi dispensé librement par des fonctionnaires de l'État comme en témoigna un colon : le magasin du chantier où il remplissait son contrat comprenait toutes sortes de marchandises, y compris de l'opium 311. Des fumeries d'opium furent-elles autorisées à Cuba comme aux Philippines, autre colonie espagnole ? Il ne le semble pas, les documents d'archives sont muets sur ce sujet.

Jeux d'argent, flâneries, tabac, opium, occupaient les moments de repos qui pouvaient aussi être consacrés à quelques menus travaux : tâches domestiques, fabrication de chaussures, de chapeaux, d'oreillers de bois, de colliers, de tables de jeu, d'ustensiles, d'éventails, ou d'instruments de musique. Ces derniers causèrent de grands désagréments aux oreilles créoles peu accoutumées à leurs sons aigus. Enfermés dans leurs pièces, les colons jouaient des instruments qu'ils avaient pu apporter avec eux ou reconstituer tandis qu'en dehors de l'aire du moulin résonnaient les sons des tambours et des danses des esclaves, auxquelles les Chinois ne participaient pas.

4.La vie familiale

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Un ordre royal du 3 juillet 1847 conseillait l'introduction de femmes chinoises afin que "s'établissent des unions entre gens de la même caste". Le gouvernement espagnol exigea même qu'un cinquième des engagements concernât des éléments féminins, pour confirmer son propos de voir les engagés devenir des habitants. Mais les conseils du gouvernement de Madrid furent dispensés en vain. En 1866, lors d'une mission auprès des autorités impériales de Pékin, les instances espagnoles déclarèrent 312 :

308 Cette pratique était usuelle entre les esclaves. V. Meignan, un voyageur français rapporta : "Quelquefois, tous les esclaves d'une même sucrerie se cotisent pour prendre un billet à chaque tirage, restant ainsi solidaires et s'unissant dans une destinée commune. Chaque billet valait 40 francs de l'époque mais on pouvait acheter un 1/4, un 1/2, un 1/10e. Le gros lot montait à 200 000 francs de l'époque". V. Meignan, Aux Antilles, p. 298.

309 S. Hazard, Cuba with Pen and Pencil, p. 150.

310 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 636, n° 20103.

311 Chinese Emigration, p. 155.

312 Archivo nacional de Cuba, Reales decretos y órdenes, legajo 221, n° 331.

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