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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)129

pesos 323 pour monter ensuite. Dana rapporte qu'en 1859 les accouchées étaient désignées pour des tâches moins pénibles et jouissaient de moments de repos plus fréquents 324. Ce fut à cette époque que, sans résultat, les planteurs de Cuba tentèrent "d'élever" des enfants esclaves 325 :

Les enfants de race coûtaient quelque 500 pesos. On les appelait ainsi parce qu'ils étaient les fils de Noirs grands et forts, de grenadiers [...]. Les grenadiers étaient des privilégiés. Les maîtres les recherchaient pour les unir à des Noires grandes et en bonne santé.

On les mettait ensemble dans une pièce hors du bâtiment et on les obligeait à se plaire, et la Noire devait accoucher d'une bonne progéniture chaque année. Moi, je dis que c'était comme avoir du bétail. Puis, si la Noire n'accouchait pas comme il plaisait au maître, il l'écartait et la remettait à travailler dans les champs...

La fin de la traite permit aux Nègres des champs d'avoir une vie familiale, privilège réservé jusque-là aux esclaves artisans et à ceux des villes. Le recensement de 1862 dénombre 16 344 esclaves mariés ; la population célibataire âgée de 16 à 100 ans comprenait plus de 230 000 personnes à la même date 326. Cependant il faut savoir que les unions étaient coutumières sur les plantations et que le groupe esclave établissait des règles de répartition des femmes.

Le groupe des femmes se divisait en deux : celui des donzelles et celui des épouses. Avec les premières, tout esclave avait coutume d'entretenir des relations sexuelles multiples 327 :

Chaque fois que les tambours étaient sortis, les Noirs allaient se baigner dans les ruisseaux. Près de toutes les plantations, passait une rivière. Toujours, il y avait une femme qui venait et qui se trouvait avec un homme au moment de rentrer dans l'eau. Alors, ils entraient ensemble et se mettaient à leur affaire. Ou, sinon, ils allaient jusqu'au réservoir [...]. Là, ils jouaient à la cachette et les Noirs poursuivaient les Noires pour leur faire l'amour.

Les épouses passaient leurs heures libres à cuisiner, laver, ravauder et donner des soins à leurs enfants. L'accès aux femmes jeunes était dicté par les aînés 328 :

Pour avoir une femme, il fallait avoir 25 ans […]. Les vieillards eux-mêmes disaient que c'était seulement à cet âge que les hommes ont de l'expérience.

Dans cette situation de conflit latent entre hommes de plus et moins de 25 ans, comment les Chinois accédèrent-ils aux femmes noires ? Ils eurent de nombreuses

323 H. S. Aimes, A History of Slavery in Cuba, 1511-1868, p. 267.

324 R. H. Dana, Jr. To Cuba and Back. A Vacation Voyage, p. 132.

325 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 37.

326 T. Armildez, Censo de la Isla de Cuba, año 1862.

327 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 30.

328 Ibid., p. 39-40.

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