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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)13

vidant les caisses royales, la spéculation sous forme de prêts au trésor devint une autre source d'enrichissement.

L'Espagne ne mit pas à profit la masse des métaux précieux qui arrivèrent dans ses ports. Pour cela, il aurait fallu détruire les vestiges de la féodalité, créer une masse de main-d’œuvre salariée à bas prix qui aurait transformé en bénéfice capitaliste la hausse des prix engendrée par l'importation massive d'or et d'argent, il aurait encore fallu renforcer l'organisation commerciale des ports coloniaux comme cela se produisait à Anvers, Nantes et Londres. La bourgeoisie espagnole n'était pas assez puissante pour mettre à bas les forces féodales, elle ne disposait ni des capitaux, ni de la main-d’œuvre, ni des marchés intérieur et extérieur nécessaires au développement de ses manufactures. Elle fut de surcroît affaiblie par l'élimination des embryons capitalistes constitués par des éléments juifs et maures. Tradition de la richesse foncière, appauvrissement des villes et des campagnes, émigration des plus pauvres vers les Amériques, recul démographique, tels paraissent avoir été des traits prédominants de la situation économique de l'Espagne au XVIIe siècle. Ils ne favorisèrent pas l'éclosion de nouvelles sociétés dans les colonies. La métropole deviendra et restera le symbole d'une nation improductive faisant peser ses charges sur les territoires conquis.

Conquête des terres, recherche des filons d'or, extermination des populations indigènes, ces trois traits furent caractéristiques de l'entreprise d'État que constitua la colonisation des Antilles par l'Espagne. Aussi, la Perle des Antilles, si fameuse pour sa richesse au XIXe siècle, ne fut-elle au XVIe siècle qu'une réserve où les colons de Saint-Domingue venaient chasser les Indiens utiles à l'exploitation de leurs mines. L'appauvrissement de cette colonie les incita à se tourner vers Cuba. L'île fut conquise en 1511 par un groupe d'hommes qui s'installa dans sa partie orientale après avoir vaincu une courte mais farouche résistance indigène. L'exploration progressa vite : entièrement reconnue, l'île comptera sept villes en 1517. Les mines d'or furent les seules ressources exploitées durant les premières années de la présence espagnole. Elles ne rapportèrent guère, provoquèrent l'extinction définitive des populations indiennes, puis s'épuisèrent. De Arango y Parreño a décrit l'état de léthargie que connut alors l'île :

Cuba oubliée et méprisée comme les autres colonies dans lesquelles n'est pas satisfait immédiatement le désir pour l'or sacré, Cuba servait uniquement d'escale vers le Mexique... sa population progressait lentement, mais condamnée à vivre sans nouvelle de la métropole, sans vêtement pour se vêtir, sans vin pour célébrer le Saint-Sacrifice de la Messe et sans embarcation aucune qui en échange de ses produits exportât le surplus de ses fruits 2.

Le commerce était quasi nul, l'agriculture castillane avait échoué dans ses essais d'acclimatation des semences du plateau central de la péninsule, la population diminuait en proportion alarmante et les colons les plus tenaces

2 F. de Arango y Parreño, p. 56.

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