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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)130

relations sexuelles avec des esclaves, le nombre de "mulâtres chinois" 329 inscrits sur les registres des gens de couleur du siècle dernier en témoigne. Mais ces relations ne semblent jamais avoir donné lieu à des unions stables. L'antipathie entre les deux races fut invoquée par les planteurs pour expliquer ce refus des esclaves et des colons d'établir des liens coutumiers ou légitimes durables. Une raison plus réelle semble avoir été l'opposition des chefs de groupes esclaves. Certes, les femmes esclaves jouissaient d'une relative indépendance ; elles avaient droit d'héritage sur les jardins sans lesquels aucune famille esclave ne pouvait survivre. Elles étaient encore les seules garantes de l'existence d'une unité familiale, la paternité légale d'un homme esclave n'existant pas. Mais tout blâme porté sur elles par la communauté esclave pouvait entraver leur vie. Seuls les engagés vivant en zone urbaine, artisans et domestiques, avaient l'espoir de voir une jeune Noire ou une Mulâtresse, esclave, orpheline ou pauvre de paroisse, accepter un concubinage ou un mariage. Un dicton populaire du XIXe siècle rappelait que tout enfant issu de l'union d'esclave et de Chinois ne survivait pas 330.

Un dossier d'archives présente un cas : en avril 1861, l'Asiatique Jésus Moreno sollicita l'autorisation d'épouser la mulâtresse, Pinto Escobar, fille d'une esclave Conga, blanchisseuse à La Havane. Les autorités ne mirent aucune entrave à cette union bien qu'une inquiétude transparaisse dans le rapport des autorités 331 :

Si l'on permet librement l'union légitime des races qui existent dans l'île, ce pays deviendra bientôt une Tour de Babel ; on a déjà quatre races pures d'origine, la Caucasienne, la Chinoise, l'Américaine et l'Africaine...

Le permis fut accordé malgré ces propos alarmistes. Le colon était cuisinier, avait embrassé la foi catholique et devait accomplir cinq années de contrat avant de recouvrer sa liberté. Ces cas de mariages furent des exceptions, on en dénombre une dizaine dans les dossiers des archives nationales de La Havane 332.

Les Chinois furent réduits à des pratiques homosexuelles qui choquèrent certains Créoles et les Cortes. En février 1880, un député espagnol déclara les Chinois dangereux pour l'île de Cuba 333 :

Étant une race hétérogène, terrible, colérique, simulatrice, sans sentiment, ni religion et ne nécessitant pas de femme quand elle émigre.

L'homosexualité était d'ailleurs répandue parmi les esclaves 334 :

La vie était solitaire [...] car les femmes manquaient. Beaucoup d'hommes ne souffraient pas de cette situation, parce qu'ils étaient accoutumés à cette vie. D'autres

329 En espagnol : pardos achinados.

330 Duvergier de Hauranne, "Cuba et les Antilles", Revue des Deux Mondes, n° 65, 1866, p. 639.

331 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 9113, n° 32226.

332 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil.

333 Güell y Renté, Diario de sesiones de Las Cortes, 27 février 1880.

334 M. Barnett, Biografía de un cimarrón, p. 39-40.

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