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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)133

La nécessité du dialogue entre administrateurs, surveillants, commandeurs et engagés incita les planteurs à octroyer aux Chinois le privilège d'être dirigés par un homme de leur race. En 1856, Felix Erenchun commenta ce fait 338 :

À l'introduction des premiers coolies, une série d'inconvénients apparut comme dans tout essai [...]. Une grande partie des problèmes provenait du manque de traducteurs compétents. Actuellement, bien qu'on doute encore des avantages de cette immigration, les premières difficultés sont rencontrées moins souvent, et ceci est dû au fait que les coolies sont commandés par des hommes qui parlent leur langue.

Les chefs de gangs chinois jouèrent le rôle d'interprètes et de commandeurs, nombre d'entre eux payèrent ce rôle de leur vie. Les conflits entre chefs chinois et colons furent, semble-t-il, fréquents. Les documents d'archives relatent plusieurs cas portés devant les autorités de l'île. À la suite d'une rébellion, un administrateur de plantation vint déclarer 339 :

Les Chinois se sont révoltés tuant l'interprète Juan de la ferme d'élevage de la plantation ; dix Asiatiques furent complices.

Cependant, nombreux furent les planteurs qui suivirent l'avis donné par l'un d'eux 340 :

Je suis d'avis que planteurs et Chinois ont intérêt à avoir des contremaîtres chinois : ainsi ils obtiennent qu'un homme de leur race les commande comme ils le réclament et les planteurs obtiennent un ami qui a coutume de se révéler le meilleur instrument pour l'instruction et l'obéissance des colons. Celui que je mis à la tête des coolies de mon entreprise, s'identifia tant à celle-ci que par trois fois ces compagnons se coalisèrent pour le tuer ; simplement parce qu'il était fidèle à mes ordres.

Le statut de chef d'équipes donnait droit à quelques privilèges. Les commandeurs esclaves disposaient de pièces séparées ou de paillotes. Ils pouvaient mener une vie familiale sans crainte de voir leur femme vendue à une autre exploitation, ils recevaient des biens difficilement accessibles aux autres esclaves : vêtements, boissons alcoolisées, vivres et ils jouissaient d'une plus grande liberté de mouvement. Ces faveurs matérielles étaient enviées par les esclaves qui ne disposaient que des faibles revenus monétaires obtenus par la vente des produits des jardins et de l'élevage. Les chefs chinois se virent octroyer une pièce séparée et un cuisinier pour chaque groupe de dix d'entre eux, et reçurent des salaires plus élevés que les colons. Un patron précisa 341 :

338 F. Erenchun, Anales de la Isla de Cuba, año de 1855, p. 29.

339 . Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 636, n° 20086.

340 U. Feijóo de Sotomayor, Inmigración de trabajadores españoles, documentos y memoria escrita sobre esta materia, p. 99.

341 Ibid., p. 108.

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