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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)135

leur fierté. Ils furent parmi les rares esclaves qui savaient écrire avant de toucher les côtes de Cuba. Les Lucumis furent recherchés pour leur vigueur physique malgré leur propension au suicide et à la rébellion ; les Carabalís estimés commerçants furent destinés aux travaux des ports ; les Minas n'apportèrent guère de satisfaction aux planteurs qui leur reprochèrent leur indolence et leur fragilité, Les Áraras s'adaptèrent facilement à leur condition, car ils étaient nés esclaves en Afrique. Quant aux Bámbaras, ils furent appréciés pour leur douceur et leur gaîté mais "leur robustesse ne put compenser paresse et fatalisme" 343.

Les planteurs jugèrent diversement les Chinois. Les hommes originaires des "Sé Yap" furent considérés pour leur robustesse physique comme d'excellents péons, ceux de Shùn dé furent souvent chefs d'équipes et les "Joló " connus pour leur aptitude à apprendre l'espagnol et leur esprit de violence. Les "Hakka" étaient les Chinois "les plus intègres qui fussent arrivés à Cuba" ; leur indifférence au jeu et à l'usage de l'opium les fit opposer aux natifs du district de Zhōng shān 344. Ces derniers étaient craints pour leurs nombreuses rixes avec les colons originaires d'autres régions du delta.

Face aux exigences de la production, les vieillards étaient des êtres inutiles. Les esclaves âgés étaient désignés pour des tâches peu productives, telles la fabrication d'objets de vannerie, la surveillance des vergers pour les hommes, la garde des enfants et la préparation des repas pour les femmes. Ils pouvaient aussi être abandonnés à leur sort et vivre à l'écart dans quelque hutte proche du baraquement. La loi et la coutume voulaient qu'un maître veillât au sort d'un esclave jusqu'à sa mort, mais ce n'était pas une obligation vis-à-vis des travailleurs sous contrat. Les témoignages des colons de 1874 font supposer des situations dramatiques. Plusieurs d'entre eux, ne disposant d'aucun moyen financier ni d'emploi demandèrent aux fonctionnaires chinois d'intercéder en leur faveur afin d'obtenir le droit de mendier dans les villes 345. D'autres déclarèrent vivre misérablement de leurs gains de vendeurs ambulants.

Une hiérarchie s'établissait entre les esclaves des baraquements qui plaçait au dernier rang les Nègres des champs ou de place. Ils coupaient les cannes, désherbaient, défrichaient, remplissaient les tâches agricoles. Les hommes qui avaient acquis la connaissance d'une technique (conduite d'un attelage, surveillance d'un moulin, estimation du point de cristallisation du sucre, apprentissage de l'espagnol) occupaient un rang intermédiaire, travaillant dans les manufactures. Tous étaient sous les ordres des commandeurs. Les esclaves artisans, forgerons, menuisiers, charpentiers, constituaient un groupe séparé où les charges étaient souvent héréditaires et transmises de père en fils. Ils jouissaient de la considération des maîtres qui estimaient leur utilité économique dans une île où la main-d’œuvre blanche experte était chère, et ils étaient respectés des esclaves

343 F. Fernández Ortiz, Los negros esclavos, estudio sociológico y de derecho público, p. 58-59.

344 A. Chuffat Latour, Apunte histórico de los Chinos en Cuba, p. 94-95.

345 Chinese Emigration, p. 143.

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