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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)136

des baraquements.

La barrière la plus rigide était celle qui opposait esclaves de plantation et esclaves domestiques. Bien que ces derniers connussent de meilleures conditions de vie, ils étaient méprisés et haïs. Le dédain des esclaves des baraquements à l'égard des domestiques a été exprimé par Esteban Montejo 346 :

Quand un enfant noir était joli et gracieux, on l'envoyait dans la maison des maîtres. Là, ils commençaient à l'adoucir, et [...] que sais-je ! Le fait est que le négrillon devait dès lors passer sa vie à effrayer les mouches, parce que les maîtres mangeaient beaucoup. Et le négrillon, ils le plaçaient au bout de la table tandis qu'ils mangeaient. Ils lui donnaient un grand éventail de paille.

Les relations entre les deux groupes étaient tendues 347 :

Les domestiques recevaient des attentions des maîtres. Je n'ai jamais vu châtier l'un d'entre eux durement. Et quand ils étaient envoyés dans les champs à sarcler et à garder les porcs, ils jouaient la comédie qu'ils étaient malades et ne travaillaient pas. Pour cela, les esclaves des champs ne pouvaient pas les voir, même en peinture.

Un des points de friction entre les deux groupes était la religion. Deux cultes dominèrent dans les baraquements, ceux des Lucumis et des Congos. Les esclaves domestiques étaient le plus souvent christianisés. Les domestiques formaient un groupe fermé auquel les Nègres des baraquements n'avaient pas accès. Ils s'opposaient entre eux suivant la richesse de leur maître, leur lieu de résidence, leur couleur, leur naissance créole ou africaine. À ce groupe d'esclaves appartenaient de fait cochers, jardiniers, musiciens, tailleurs, vendeurs ambulants qui tous jouissaient de revenus monétaires et d'une plus grande liberté. Morelet rapporte le cas des cochers qui louaient les voitures de leur maître lorsque ce dernier assistait à un spectacle 348. Ils pouvaient être loués à d'autres maîtres durant une partie de l'année et recevaient une part de leurs gages. Ce groupe était urbain, les domestiques des plantations passaient seulement la moitié de l'année sur la plantation.

Les relations des engagés avec les esclaves des baraquements suivirent une ligne hiérarchique, celle qui séparait les ouvriers réalisant des travaux techniques auprès de Blancs, d'esclaves voués aux travaux plus grossiers. L'installation des appareils à concentration sous vide et de centrifugeuses obligea les planteurs à faire appel à des techniciens qui furent des étrangers (Américains, Allemands, Français). Les engagés furent leurs aides dans les sucreries. À partir de 1870, la généralisation de l'usage des centrifugeuses déplaça vers les champs 10 % de main-d'œuvre esclave occupée auparavant aux travaux de la purge. Duvergier de

346 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 20 et p. 18.

347 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 35.

348 A. Morelet, Voyages dans l’Amérique centrale, l'île de Cuba et le Yucatan, p. 109.

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