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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)137

Hauranne remarqua 349 en 1865 :

Les Noirs sont surtout employés aux travaux les plus grossiers : ils chargent les fourneaux, roulent les chariots sur les rails de fer. Il y a une hiérarchie et comme une séparation de caste entre les esclaves temporaires (les Chinois) et les esclaves à vie, nés dans la servitude et destinés à y mourir.

Qu'ils fussent désignés pour des travaux agricoles ou techniques, les engagés connurent une réalité hiérarchique jamais vécue par les esclaves. Ils furent les salariés les plus mal rémunérés des plantations. Ils purent constater que les journaliers blancs qui travaillaient à leurs côtés dans les usines et les champs recevaient 30 pesos par mois durant la récolte 350 alors que leurs services étaient payés 4 pesos par mois. Dans les années 1850, des Blancs, propriétaires de lopins de terre ou sans emploi, acceptèrent, de plus en plus nombreux, de travailler dans les champs côte à côte avec les esclaves. La récolte de 1860 se fit grâce à l'aide de 41 661 ouvriers agricoles blancs 351 et cette année-là, la plantation Flor de Cuba où avaient été engagés plusieurs dizaines de Chinois, recruta 99 Blancs 352. L'expansion sucrière mettait en échec l'opinion qui voulait que seuls les Noirs pouvaient résister aux durs labeurs de la coupe de la canne à sucre sous le soleil tropical.

À la différence des esclaves, les documents et les témoignages des immigrés chinois ne laissent apparaître aucune différenciation entre eux selon les lignes occupationnelles ; seule la fonction d'autorité des chefs d'équipes semble avoir joué un rôle. L'organisation de la production intégra les colons au sein du groupe salarié des plantations les plaçant à un échelon inférieur à celui occupé par les Blancs. Les témoignages des immigrés permettent de constater que ce statut de salariés leur donna un cadre de regroupement volontaire 353 :

Nous étions 30 d'entre nous très mécontents parce que l'administrateur nous battait très sévèrement bien que nous eussions terminé notre temps d'engagement. Il fut informé que nous avions exprimé notre indignation de sa cruauté et il mit plus de dix d'entre nous aux fers, puis ayant corrompu les autorités, il se fit envoyer quelques gardes qui tuèrent quatre hommes...

Pourtant de nombreux conflits opposaient les hommes entre eux. Les vols entraînaient de violentes disputes, jamais portées à la connaissance des planteurs et des autorités mais sources de violence et de meurtres : suivant le journal La Iberia, entre 1853 et 1860, on compta 210 assassinats perpétrés par des colons contre

349 E. Duvergier de Hauranne, "Cuba et les Antilles", Revue des Deux Mondes, n° 65, 1866, p. 636.

350 C. Madán, Llamamiento de la Isla de Cuba y la nación española, p. 12.

351 R. de la Sagra, Cuba en 1860 o sea el cuadro de sus adelantos en la población, la agricultura, el comercio y las rentas públicas, suplemento a la primera parte de la historia política y natural de la Isla de Cuba, p. 96.

352 P. S. Foner, Historia de Cuba, p. 129.

353 Chinese Emigration, p. 136.

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