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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)139

roi par tirage au sort. Il portait le nom de commandeur ou capitaine 357. Cette charge lui donnait un pouvoir absolu sur ses sujets durant un mandat de quatre années à la fin duquel il n'était pas rééligible. Il avait la garde des fonds constitués par des cotisations mensuelles des membres de la société, représentait les Noirs devant les autorités coloniales, constituant le seul lien politique qui unissait les esclaves au monde blanc. Il était l'ambassadeur de sa nation devant le gouverneur général. Personnage prédominant du monde esclave, sa mort était un événement et certaines associations conservaient la chronologie de leurs monarques respectifs. On parlait, en 1843 358 de la mort du roi Congo José Trinidad XXXV, qui connut un enterrement solennel dans la seconde ville de l'île, Santiago de Cuba.

Au sein des naciones étaient célébrés les cultes esclaves, organisés divertissements et danses et favorisée toute aide à l'affranchissement des membres. Un homme pouvait se libérer grâce à la générosité de son maître ou à ses économies mais il pouvait rarement racheter sa femme et ses enfants. Les sociétés servirent de banques de prêts. La lutte contre la condition d'esclave prenait d'autres formes que l'aide à l'affranchissement. Les esclaves isolés trouvaient conseils et directives auprès des cabildos s'ils avaient à se défendre des excès d'un maître trop cruel. D'autre part, des Noirs libres achetaient des esclaves par l'intermédiaire de ces associations qu'ils soutenaient clandestinement. Les cabildos servirent d'agences de vente aux esclaves. On pouvait lire dans les journaux de l'île des annonces telle que cette dernière 359 :

Une Noire carabali à vendre à 330 pesos.

Dans la maison qui est le cabildo des Congos, en face de la prison des Pardos, on trouvera des informations...

Des Africains furent ainsi vendus à des parents retrouvés ou à des amis affranchis, d'autres purent rechercher des maîtres appartenant à la même nación qu'eux : Margarita Cabrera, noire carabali, fut vendue à Manuela Muñoz, esclave carabalí libérée qui lui accorda sa liberté contre la somme de 300 pesos 360 .

Les cabildos montrèrent leur attachement aux cultes africains en aidant les vieillards à racheter leur liberté. Les esclaves âgés étaient ceux qui conservaient la connaissance des rites et usages de la terre natale 361 :

...Les seuls qui n'avaient jamais de problèmes étaient les vieillards venus d'Afrique. Ils étaient différents et il fallait les traiter avec égard car ils savaient tout de la religion.

357 Suivant Fernández Ortiz, ces deux appellations proviendraient la première du système de travail auquel étaient soumis les esclaves, la seconde du vocabulaire militaire auquel les Africains étaient particulièrement attachés. F. Fernández Ortiz, "Los cabildos afrocubanos", Revista bimestre cubana, vol. XVI, n° 1, La Havane, 1921, p. 6.

358 E. Bacardí y Moreau, Crónicas de Santiago de Cuba, p. 369.

359 F. Fernández Ortiz, "Los cabildos afro-cubanos", Revista Bimestre cubana, vol. XVI, n° 1, La Havane, 1921, p.16.

360 J. Pérez de la Riva, "Documentos para la historia de las gentes sin historia. Antiguos esclavos cubanos que refresan a Lagos", Revista de la Biblioteca nacional José Martí, n° 1, La Havane, 1964. p. 39.

361 M. Barnet, Biografía de un cimarrón, p. 36.

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