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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)14

abandonnaient l'île pour chercher fortune au Pérou ou au Mexique. Une période de récession commença qui épargna le port de La Havane. Une nouvelle voie maritime entre l'Espagne et le Mexique avait été explorée, qui passait par le canal de la Floride, les flottes métropolitaines annuelles firent escale à La Havane.

L'élevage devint la seule activité économique qui put remédier à la stagnation de l'île. Des troupeaux de plusieurs dizaines de milliers de têtes de bétail furent lâchés. L'élevage extensif résolvait les problèmes posés aux colons par les exigences et les faiblesses du pacte colonial espagnol : absence de main-d’œuvre, de capital et de marché d'exportation autre que celui de la métropole. Aucun investissement important n'était requis, les soins apportés au bétail "marron" lâché en toute liberté sur des espaces non clos, étaient réduits, l'abattage avait lieu dans les pâturages où les animaux dépouillés de leurs peaux étaient abandonnés aux rapaces. L'élevage constitua l'activité économique principale du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle. Les cuirs étaient exportés vers la métropole lors de la venue annuelle de la flotte de Séville qui apportait des produits manufacturés et des denrées alimentaires nécessaires aux colons. L'approvisionnement était souvent insuffisant et les interdits pesant sur tout commerce avec d'autres nations que l'Espagne furent tournés. Suivant une pratique qui deviendra tradition, les habitants de Cuba organisèrent un trafic de cabotage avec les îles avoisinantes, auxquelles ils livraient leurs récoltes de manioc, d'indigo, de maïs, de tubercules contre des armes, de la poudre, des outils et des tissus. L'ouverture de ces marchés clandestins, plus particulièrement celui de la Jamaïque, ainsi que divers autres événements allaient détruire l'équilibre précaire entre les intérêts de la colonie et de la métropole. En effet, à partir des années 1660, la Jamaïque connut une relative prospérité. L'Angleterre avait organisé là un trafic triangulaire, grâce auquel main-d’œuvre esclave et outillage hollandais étaient importés dans l'île et du sucre exporté vers la métropole. Le rythme de croissance des "Sugar Islands", comme furent dénommées à juste titre les colonies anglaises des Antilles, fut rapide. Cinquante ans après l'arrivée des premiers colons, la Jamaïque commençait à importer des produits de première nécessité telle que la viande séchée consommée par la population esclave de ses plantations sucrières.

Cette demande des planteurs voisins, à laquelle vinrent s'ajouter les besoins de la population locale croissante, conduisit les colons de Cuba à étendre leurs cultures vivrières et à adopter une forme d'élevage intensif. Le passage d'une forme d'exploitation à une autre fut facilité par le morcellement des sites d'élevage dû à la division des grands domaines entre des héritiers de plus en plus nombreux. Les pâturages furent clos et le bétail engraissé pour la consommation domestique. Ce changement mit de nouveau à jour les limites du pacte colonial espagnol. Le marché d'exportation des produits d'élevage demeurait étroit. D'autre part, sous l'effet de la croissance démographique les propriétés s'amenuisaient et les coûts de production croissaient. Les petits propriétaires introduisirent de nouvelles cultures concurrentes, celles du cacao et du tabac. Le conflit entre les producteurs de tabac

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