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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)140

Les esclaves âgés devenaient les sorciers de la communauté esclave. La liberté de mouvement dont ils jouissaient, la possibilité de cultiver ou d'aller à la cueillette de plantes peu communes, le temps libre retrouvé leur permettaient de remplir ce rôle.

B. Les fraternités chinoises

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Une ligne divisait le groupe chinois émigré à Cuba comme elle divisait la population du Guangdong celle opposant Kèjia et Bendi ("Hakka" et "Punti" en cantonais). Les premiers avaient quitté la vallée du fleuve Jaune et gagné à la suite de longues migrations les deux provinces méridionales de la Chine, Guangdong et Fujian 362. Les habitants traditionnels du Guangdong se dénommaient "Punti" pour s'opposer à ces nouveaux arrivés qu'ils désignaient du nom d'hôtes. La rivalité entre les deux communautés était légendaire.

Une mesure politique de la dynastie mandchoue au XVIIIe siècle avait donné son élan à l'émigration "Hakka" dans les districts Hè Shān, Kāi Píng., et En Píng 363 de la région méridionale de la province de Guangdong. Des terres y étaient disponibles et le gouvernement central cherchant à les mettre en valeur fit venir des familles "Hakka" pauvres vers 1730 ; tout au long du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle un courant d'immigration "Hakka" vint repeupler ces zones. Traditionnellement, les "Hakka" étaient installés dans des districts plus septentrionaux de la province où la pression démographique se faisait sentir. L'extension des terres mises en culture par ces nouveaux arrivants menaça peu à peu les établissements "Punti", créant un antagonisme croissant entre les deux groupes. Des villages furent attaqués et pillés ; le conflit s'aiguisa avec la révolte des Turbans Rouges qui éclata en 1854. Souvent, les communautés villageoises "Punti" rallièrent les rebelles affiliés aux sociétés secrètes de la province. La capitale fut assiégée durant trois mois et les "Hakka" des districts, de Hè Shān, En Píng et Kāi Píng ne se joignirent pas aux insurgés. Considérés comme de fidèles sujets par les autorités locales, ils furent enrôlés dans les milices qui défendirent villages et bourgs contre les "Punti" rebelles. L'antagonisme entre les deux communautés prit des proportions sanglantes : tortures, meurtres, atrocités opposèrent "Punti" et "Hakka". Des établissements furent totalement détruits et leurs membres assassinés. Les "Hakka" durent aller chercher refuge dans des sites éloignés des champs de bataille. Certains survivants se regroupèrent en bandes de plusieurs milliers d'hommes armés et occupèrent une zone comprise entre la rivière de l'Est et la mer où ils vécurent malgré les incessantes attaques des "Punti". D'autres encore demeurèrent dans les districts méridionaux d'où provinrent la majorité des émigrants chinois de Cuba.

362 G. W. Skinner, Chinese Society in Thailand, an Analytical History, p. 38. Migrations datées du Ve siècle.

363 L. Wan, "Communal Strife in Mid-Nineteenth Century Kwangtung", Papers on China, vol. 19, East Asian Research Center, Harvard University, p. 91 et suivantes.

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