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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)141

L'intervention du gouvernement de Canton mit un terme momentané à ces rivalités, mais elle fut favorable aux "Punti". La résistance "Hakka" s'éteignit. Deux nouvelles colonies furent accordées aux survivants qui s'y regroupèrent. La lutte avait causé la mort de plus de 100 000 personnes. Telle était en ces années 1850-1866 la situation dans le delta des Perles alors qu'à quelques dizaines de kilomètres se déroulait le trafic dont les deux communautés étaient victimes. Souvent les "Hakka", faits prisonniers, furent vendus comme colons à Macao 364. La lutte entre les deux groupes ne s'éteignit pas à Cuba, où la majorité des émigrés venus du Fujian était "Hakka" et leur hostilité donna lieu à des incidents dont les plus frappants pour les Créoles furent les combats de rue.

Au début du mois d'octobre 1861, le lieutenant gouverneur de Matanzas donna l'ordre aux patrons de colons asiatiques d'interdire toute sortie à ces derniers le dimanche suivant. Un parchemin couvert de caractères chinois avait été découvert affiché sur le mur de la place du marché de la ville. Deux interprètes le traduisirent 365 :

Par cette lettre, les "Punti" invitent le plus vaillant des "Hakka" à se présenter au lieu désigné pour le combat où il rencontrera son adversaire.

Tout "Hakka" qui se rendra à ce rendez-vous trouvera lui aussi son adversaire. La lutte, s'ils le désirent, aura lieu à main libre, sans arme et les vainqueurs seront qualifiés d'hommes et les vaincus de sans honneur. Les "Punti" veulent démontrer aux "Hakka" qu'ils sont sans courage et simplement pleins d'une superbe que leurs actes ne justifient. Ce sont Chatun et Choisen, qui sont les chefs "Hakka", que les "Punti" voudraient jamais voir arriver les premiers à la bataille ; le premier est cuisinier du salon Huertas, et l'autre appartient à la raffinerie de don Juan Font. Les "Punti" sont de toute façon persuadés que les "Hakka" ne peuvent se battre avec eux pour établir leur supériorité et leur conseillent donc de continuer de vaquer à leurs tâches. Mais s'ils persistent dans leur intention de se battre, qu'ils sachent qu'ils trouveront des adversaires.

Cet avis était signé du groupe de colons "Punti" travaillant pour la compagnie des chemins de fer de Sabanilla. Les autorités firent une enquête. Un "Punti" avait été victime d'une tentative d'assassinat organisée par plusieurs "Hakka". Son groupe s'organisa afin de répondre à cette provocation. À leur tour, les "Hakka" invitèrent plusieurs des leurs, résidant à La Havane, à se joindre à eux. Les deux groupes devaient s'affronter un dimanche après-midi, à une lieue et demie de la ville afin de ne pas éveiller l'attention des autorités locales. Les colons asiatiques furent consignés ce jour-là et les combats n'eurent pas lieu.

Les contrastes régionaux se maintinrent aisément parmi les colons engagés à Macao. À leur entrée dans les baraques de la possession portugaise, ils devaient

364 W. F. Mayers, N. B. Dennys et C. King, The Treaty Ports of China and Japan, p. 26.

365 Archivo nacional de Cuba, Asuntos políticos, legajo 53, n° 11.

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