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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)143

Suivant le même auteur, ces fraternités présentèrent une tonalité religieuse. Elles célébrèrent les rites de Guan Gong et de Guan Yin, affirmant leur parenté avec des sociétés secrètes du Guangdong. Il semble que les sociétés chinoises à Cuba furent des filles des Triades, dont elles reprirent certains principes.

Selon Frederic Wakeman 370, l'apparition des Triades serait contemporaine de l'extension vertigineuse du commerce intérieur et extérieur au XVIIIe siècle dans les régions, jusqu'alors fermées de la Chine. Les hommes du Fujian étaient nombreux parmi ces commerçants. Partout où ils allaient, des organisations les accueillaient : des guildes, des associations régionales qui leur rendaient possible l'accès à des communautés locales. Wakeman indique aussi que ce furent initialement des loyalistes de la dynastie Ming, réfugiés à Taiwan, qui donnèrent naissance à la fraternité des Triades. La société secrète, opposée à la dynastie conquérante des Qing offrit une protection adéquate aux petits marchands, aux contrebandiers, aux soldats licenciés et aux petites gens qui cherchaient un emploi. Ces éléments sillonnaient des régions, telles que les provinces du Guangdong et du Fujian où les clans et associations locales, jalouses de leur pouvoir, leur auraient refusé le droit d'entrée. Les Triades purent recruter marchands, paysans pauvres émigrés vers les villes, coolies des ports, ouvriers, autant d'éléments mobiles et déclassés, rejetés par les communautés villageoises. Elles recrutèrent aussi au sein des groupes marginaux, bandits, pirates, contrebandiers d'opium, et l'on peut imaginer aisément leur implantation à Macao.

Dans la province du Guangdong où divers facteurs, dont la pénétration anglaise, désorganisaient la vie économique, les Triades dominèrent pendant de brèves périodes la vie des campagnes. Leurs activités étaient violentes : mise à contribution de villages, incitation à la révolte des paysans, pillage, racket. Le pouvoir des chefs de clans des propriétaires terriens et des autorités était mis en cause et défié par ces violences. Dans les années 1840, les chefs de villages reçurent l'ordre de mettre la main sur les chefs des Triades. S'ils n'y réussissaient pas, les tablettes de leurs ancêtres étaient saisies. Mais ne pouvant maîtriser les sociétés secrètes, ils temporisèrent avec elles, leur payant un tribut. Entre 1845 et 1850, les districts de Shùn dé, Zhōng Shan, Nán Hai, Xin Hui et Sān Shui, d'où provenaient des colons émigrés à Cuba, sont tous reconnus comme zone d'activité des "bandits locaux" 371. La cour de Pékin s'alarma ; la province de Guangdong fut placée sous le système des baojiā, unités locales de défense. Peu à peu les sociétés secrètes se retirèrent des villages pour se réfugier dans les zones montagneuses et une période de répit s'établit.

La guerre des Taiping éclata en 1850. La situation politique du Guangdong continua de se dégrader et les sociétés secrètes virent leurs actions favorisées. Leurs bandes quittèrent leurs refuges tandis que des milliers de réfugiés fuyant la guerre, affluaient vers Canton et les zones plus sûres du delta. L'attaque des

370 F. Wakeman, "Les sociétés secrètes du Guangdong, 1800-1856", p. 90-91.

371 F. Wakeman, "Les sociétés secrètes du Guangdong, 1800-1856", p. 101.

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