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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)147

Les cas de suicides par empoisonnement ou pendaison furent également fréquents parmi les colons employés dans les villes. Le 17 juin 1855, dans le quartier San Juan de Matanzas fut découvert le corps d'un Asiatique. L'enquête apprit que le défunt travaillait pour une compagnie de chemins de fer. On conclût à la mort "par apoplexie provoquée par absorption excessive d'opium" 378.

Cuba détint un taux élevé de suicides durant les années 1850-1860, sa population chinoise était à l'origine de ce triste privilège 379 : pour 100 000 individus, on comptait 500 suicides parmi les Chinois, 35 parmi les esclaves et de 5 à 7 parmi les Blancs. Il est malaisé de savoir si les esclaves se suicidèrent moins fréquemment durant la période 1850-1880, car, maîtres absolus de leurs travailleurs noirs, les planteurs n'étaient pas obligés d'informer les autorités de leurs décès. Les esclaves, comme les colons, se pendaient aux arbres, fréquemment, ils utilisaient le Chinacum Grandiflorum et Commocladia dentata pour s'empoisonner 380. Ils avalaient aussi de la terre, ce qui provoquait une hydropisie mortelle. Parfois ils s'asphyxiaient volontairement, appuyant sur la glotte à l'aide de leur langue 381.

Cependant quelques phrases de voyageurs permettent de supposer que le taux de suicides des esclaves, durant la période des "bons traitements", fut moindre que durant les années 1820-1850.

Quand le fardeau des souffrances et des humiliations se fait trop pesant, ces hommes jaunes se tuent, ni plus ni moins, que des Blancs. Les Noirs n'ont pas acquis ce raffinement de la perversité ; leur race est plus résistante, et la plus obstinée à vivre du règne animal. Sous le fouet, sous les coups de bâton, on les voit s'accrocher à la vie avec une persévérance héroïque et émouvante. On peut détruire le corps du Noir à force de mauvais traitements, mais on ne peut épuiser sa force morale, ni affaiblir son amour pour l'existence misérable qui lui a été donnée [...]. Il n'en est pas de même des Asiatiques : chez eux le ressort est plus fin, plus fragile, plus vite brisé ; leur esprit méditatif et solitaire se représente les maux de leur condition jusqu'à ce qu'elle devienne intolérable. Leur ressource alors n'est pas la révolte et le massacre comme chez les Nègres à Saint-Domingue : la force, d'ailleurs, et le nombre leur manquent pour un tel remède ; c'est le suicide, moyen des faibles et des impuissants, suprême protestation des opprimés. L'exemple en est devenu si contagieux que l'importation de travailleurs chinois a failli être abandonnée 382.

L'argumentation de Duvergier de Hauranne, qui écrivait en 1866, est peut-être inexacte mais elle met en évidence que les esclaves montraient moins de propension au suicide que les coolies. Un autre témoin, un esclave, rapporte la

378 Archivo provincial de Matanzas, Palais de justice, 17 juin 1855.

379 F. Bona, "El suicidio en Cuba", La América, 27 novembre 1866.

380 Curamagüey et gua en espagnol.

381 F. Fernández Ortiz, Los negros esclavos, estudio sociológico y de derecho público, p. 393.

382 Duvergier de Hauranne, "Cuba et les Antilles", Revue des Deux Mondes, n° 65, 1866, p. 164-165.

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