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Denise Helly, Idéologie et ethnicité. Les chinois macao à Cuba (1979)149

2.Indisciplines, revendications, assassinats

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Le non-respect des clauses de leurs contrats incita les colons à exercer l'un des droits des ouvriers salariés : la grève. Seuls ou en groupe, ils refusèrent de remplir les tâches qui leur étaient prescrites 389.

D'après le contrat j'avais droit à être vêtu, mais on ne me donnait pas de vêtements, conséquemment je refusais de travailler, mais je fus enchaîné et battu.

Dans la plantation Socorro, le 19 janvier 1854 390, 29 Asiatiques se refusèrent à travailler. Trois furent désignés comme responsables de ce refus, battus et mis en prison, les autres furent admonestés par le capitaine de police. Les gardes ruraux ou urbains intervinrent souvent afin de protéger surveillants et planteurs, ou de défoncer les portes des baraquements où les Chinois s'enfermaient en refusant de travailler. Dans la plantation San Juan Bautista, plusieurs Asiatiques s'étaient barricadés. La raison de cette grève avait été un geste de leur patron, qui avait infligé la peine des entraves à l'un des leurs ayant commis une faute dans son travail. Les Chinois décidèrent de ne pas aller aux champs le lendemain matin, exigeant la mise en liberté du colon maltraité. La police intervint et condamna à huit jours de prison les chefs du mouvement. Devant la menace des armes, les colons se rendirent aux champs, mais à leur retour, à huit heures du soir, ils exigèrent à nouveau la libération de leurs compatriotes ; sept d'entre eux furent punis de quinze jours de prison. Les quinze restants se retirèrent dans le barracón sans plus opposer de résistance 391. Les sentences ne furent jamais respectées, faute de fers et d'espace dans le baraquement ! Le patron de ces colons ne voulut-il pas, malgré les ordres de la police, perdre une vingtaine de travailleurs durant plusieurs jours ?

Les cas d'insubordination et de grève furent presque toujours causés par les mauvais traitements infligés aux coolies. En novembre 1853, dans une pièce de la plantation Santa Rosa, seize coolies travaillant sous les ordres d'un surveillant, abandonnèrent leurs tâches. Aucun ne parlait espagnol ; le surveillant se saisit de l'un d'eux et lui ordonna par maints gestes de continuer son labeur. Les colons restèrent en grève et réclamèrent la punition du surveillant accusé de brutalité 392. Les plaintes portaient sur la mauvaise qualité de la nourriture distribuée et sur le manque de vêtements. Lorsque satisfaction n'était pas donnée à leurs pétitions, les Chinois recouraient à d'autres moyens : l'incendie des champs de canne fut une des craintes des planteurs à la période de la récolte. Don Juan Poey dut renvoyer en 1872 dix-sept coolies trop indociles qui avaient mis à feu des pièces de sa

389 Chinese Emigration, p. 120.

390 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 636, n° 20104.

391 Archivo provincial de Matanzas, documents non classés.

392 Archivo nacional de Cuba, Gobierno superior civil, legajo 636, n° 20084.

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